‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 48 sur 59 · DANS LES BOIS · texte numérisé non relu

DANS LES BOIS

Le g-arde sans respect pour ta morgue brutale, T'a frappé l'autre jour de sa inar(|ue fatale; Ma hache impatiente ati soleil resplendit, A nous deux, maintenant, sapin trois t'ois maudit.

ÎSe t'enorgueillis plus de ta superbe taille, Car je vais te prouver, par ma première entaille, Combien je te crains peu, moi, simple charbonnier; De nous deux, rira bien qui rira le dernier.

Ainsi tu supposais, dans ta barbe de mousse, Que la misère au fond de nos âmes émousse Toute vigueur, au point (pi'on laisserait manger Ses enfants par les loups, sans oser les venger!

Eh bien, nous allons voir! — • Pauvre petit! pauvre

ange!

Plus j'y reviens, et plus cela me semble étrange: Lui nerveux et toujours dispos comme un chevreuil, Lui qu'on eût pris d'en-bas pour un gros écureuil.

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Sur te I)r!iiuliiiiri' épais qui uaiirue le tonnerre, L'n aigle étant venu là-haut poser son aire, Au moment oîi le couple ini'ernnl en sortait, Lui, voulut aller voir comment on s'y portait.

Pauvre enfant! vers le nid il venait de s'étendre, Ouand un iri déchirant soudain se fit entendre; C'était lui qui tombait, son aigle à chaque main, 9Iais un nœud lui fendit la poitrine en chemin...

Le garde sans respect pour ta morgue brutale, T"a frappé l'autre jour de sa marque fatale: Ma hache impatiente au soleil resplendit, A nous deux, maintenant, supin trois fois maudit.

Quoi! c'en est déjà fait de ta mine rieuse?

Tu Unis par trouver ma haine sérieuse,

Et le frisson te prend même, à voir sur leurs troncs,

Tous tes voisins trembler comme de grands poltrons!

V(»ilà cent ans bientôt (ju'ou vain le fonl la guerre .Neige et tempête: aussi n'imaginais-tu irnère Que pour t'abattre, une heure à moi me suffirait... Tenez-vous-le pour dit, messieurs de la forêt!

Gare là-bas!... voilà le géant qui chancelle... La sueur, il est vrai, par les lianes me ruisselle; Mais enlin. de nous deux, c'est moi (|ui suis debout, Et ma gourde ne doit pas encore être à bout.

Ton front aérien, faveur inopinée!

Dormira celle nuit sur une taupinée,

Et le dernier brin d'herbe, avec un air frondeur, Pourra t"y contempler du haut de sa grandeur.

Sur quel pied faudra-t-il désormais qu'on te mette? Deviendras-tu grand-mât, ou phthisique allumette, Table de cabaret, ou planche de cercueil? Peu m'importe, je suis vengé; je m'en bats l'œil.

Le garde sans respect pour ta morgue brutale.

T'a frappé l'autre jour de sa marque fatale;

3Ia hache impatiente au soleil resplendit,

A nous deux, maintenant, sapin trois fois maudit.

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