‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 49 sur 59 · SUR L'EAU · texte numérisé non relu

SUR L'EAU

Suivre, en î>e rog-ardanl. le fil d'une onde. où. certe, On doit pâlir a\anl de l'aire le plongeon: Sur son Iront voir lini[)ide el toute grande ouverte Linunensité du eiel. el quelque mouche verte Trembler en bourdonnant au bout de chaque jonc;

Compter les gouttes d"eau qui de la rame oisive Tombent Tune après l'autre, et pousser de grands cris Aux moindres mouvements de la barque en dérive, Comme un chardonneret peureux qui, sur la rive, Bat de laile en lissant son beau plumage gris ;

Dans les herbes ou bien sur un vieux tronc de saule S'asseoir ensuite, et rire en voyant le galet Glisser sous les pieds nus d'une baigneuse folle Qui laisse en maugréant, quand sa jupe s'envole, Voir sa jambe sous l'eau, blanche comme du lait:

Avec un râteau blanc secouer les cerises

Et les faire pleuvoir, rouges comme carmin,

Sur ces foins frais-coupés qui parfument les brises:

Puis voir chaque faucheur rire de nos surprises

Pour peu qu'il nous survienne une ampoule à la main;

Sentir couler la vie au fond de chaque veine; Trouver que Ton est bien et désirer qu'ainsi La mort, au dernier jour, doucement nous surprenne; Avoir peur cependant que trop tôt la nuit vienne, Et voir autour de soi chacun le craindre aussi :

Tels furent, belle enfant, tout un ffrand jour de fête, Les bonheurs que le ciel nous versa tour à tour; Vous-même en paraissiez pleinement satisfaite. Il ne manquait donc rien, pour qu'elle lût parfaite, A notre ivresse: rien, dis-jc, qu'un peu d'amour!

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