‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 51 sur 59 · LA POULE · texte numérisé non relu

LA POULE

Pas bien loin irEtretat. tout là-bas sur le bord De te» falaises dont le difficile abord

Eloigne tout profane, Un beau malin du mois dernier, je cheminais Parmi ces irrands ajoncs fleuris et ces genêts

Qu'aucun souflle ne fane.

Et tout en m'enivrant de leur parfum amer, Je regardais venir à moi de pleine mer

La vague déjà haute; Quand sortit d'une échoppe aux terreuses parois, Une enfant de quinze ans à peine, et que je crois

Fille d'un garde-côte.

C'était chose vraiment particulière à voir Que cette douce enfant, trop fraîche pour avoir Jamais quitté sa lande:

Et folle, souriant d'un sourire moqueur Aux vagues qui grondaient, avec sa bouche en cœur Et ses yeux en amande.

Si souple était sa taille et son minois si frais, Qu\dle eût déjà pu, certe, et sans le moindre frais,

Faire bien des jalouses:

Mais elle préférait alors suivre à pas lents Sa poule grise avec ses poussins turbulents

A travers les pelouses.

Bientôt elle s'assit au détour du tliemin, Sur un mur en ruine, et je vis de sa main

Dans Therbe encor nouvelle Tomber miette après miette un morteau de pain gris, Tandis que les poussins et leur mère à grands cris

S'agitaient autour d'elle.

Et pour la moindre miette on redoublait d'effort^ Et puis s'égosillaient de plus fort en plus fort

Ceux qui l'avaient nianquée:

Et la mère, oublieuse un instant de ses droits, Gloussait en réservant pour les plus maladroits

Toujours une becquée.

Pour tout le monde ainsi, pensai-jc stupéfait, De sa prodigue main la Providence fait

Tomber les biens en foule; A Tentour de tous ceux qui vont mourant de faim, 0 société, quand feras-tu donc enfin

Ce que fait cette poule?

Soufflent les vents du nord sans trêve ni merci; Devienne avee Tliiver Tiiir pins aeeriie ici,

Et le soleil plus terne...

Je n'en ai pas moins vu là-bas, sur son séant, La douce enfant sourire au bruit de l'Océan,

Les pieds dans la luzerne.

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