‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 9 sur 59 · LA FEE · texte numérisé non relu

LA FEE

Un jour j'étais assis, comme c'est ma coutume, Sur un banc, à couper, pour me passer le temps, Des copeaux de sapin, quand en simple costume, Vers moi passe une fée aux doux yeux éclatants.

— Bonjour! qu'elle me fait d'un ton tout débonnaire, Le couteau coupe-t-il? — 3Iais, oui. passablement, Lui répondis-je, comme on le fait d'ordinaire, Et je me sens malade au cœur dès ce moment.

Je me lève et je veux lui parler plus à l'aise,

Mais elle a disparu, pour me faire endèver...

Je lui crie : • — ^ Hé ! là-bas, venez, ne vous déplaise,

Me voici: mais plus rien! Comment la retrouver?

Dès lors je ne peux plus mordre à la nourriture. Si bonne qu'elle soit, je n'y puis pas toucher; Et la nuit, quand tout dort en paix dans la nature, Moi seul j'entends toujours notre horloge marcher.

Dès lors je ne fais plus rien que des maladresses; C'est qu'aussi son accent m'a semblé si jarentil, Quand de sa douce voix si pleine de tendresses, Elle m'a demandé : — Le couteau coupe-t-il?

C'est étrange: mes yeux ne l'avaient aperçue Qu'une fois, qu'une seule enfin, c'est vrai, pourtant; Et voilà, je ne sais même par quelle issue, La voilà, dis-je, qui s'évapore à l'instant.

Qu'est-elle devenue ? A travers la contrée Je la demande en vain aux gens des alentours ; Jamais, où que ce soit, on ne l'a rencontrée; Aussi me sens-je au cœur malade pour toujours.

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