‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 3 sur 53 · SUCCÈS DE SA RÉGENCE · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE SA RÉGENCE

ODE

NYMPHE qui jamais ne sommeilles, Et dont les messagers divers En un moment sont aux oreilles Des peuples de tout l'univers; Vole vite, et de la contrée Par où le jour fait son entrée Jusqu'au rivage de Calis, Conte sur la terre et sur l'onde, Que l'honneur unique du monde.

C'est la Reine des fleurs de lis.

Quand son Henri, de qui la gloire Fut une merveille à nos yeux.

Loin des hommes s'en alla boire Le nectar avecque les Dieux, En celte aventure effroyable A qui ne semhloit-il croyable Qu'on allait voir une saisofi, Où nos brutales perfidies Perdent naître des maladies Qui n'auraient jamais guérison ?

Qui ne pettsoit que les Furies Viendraient des aMmes d'enfer.

En de nouvelles barbaries Employer la flamme et le fer ?

Qu'un débordement de licence heroit souffrir à l'innocence Toute sorte de cruautés?

Et que nos malheurs seraient pires Que naguères sous les Busires Que cet Hercule avoit domptés?

Toutefois depuis l'infortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour; Et la France a les destinées Pour elle tellement tournées Contre les vents séditieux, . Qu'au lieu de craindre la tempête.

Il semble que jamais sa tête Ne fut plus voisine des deux.

Au delà des bords de la Meuse L'Allemagne a vu nos guerriers.

Par une conquête fameuse Se couvrir le front de lauriers.

Tout a fléchi sous leur menace; L'Aigle même leur a fait place; Et les regardant approcher Comme lions à qui tout cède.

N'a point eu de meilleur remède.

Que de fuir, et se cacher.

O Reine, qui pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents.

As borné le flux de nos larmes

En ces miracles évidents; Que peut la fortune publique Te vouer d'asse^ magnifiqtte.

Si mise au rang des immortels, Dont la vertu suit les exemples, Tu n'as avec eux dans nos temples.

Des images et des autels?

Que saurait enseigner aux princes Le grand Démon qui les instruit, Dont ta sagesse en nos proi'inces Chaque jour n'épande le fruit?

Et qui justement ne peut dire, A te voir régir cet empire.

Que si ton heur êtoit pareil A tes admirables mérites, Tu ferois dedans ses limites Lever et coucher le soleil?

Le soin qui reste à nos pensées, 0 bel astre, c'est que toujours Nos félicités commencées Puissent continuer leur cours.

Tout nous rit, et notre navire A la bonace qu'il désire; Mais si quelque injure du sort Provoquait l'ire de Neptune, Quel excès d'heureuse fortune Nous garantirait de la mort?

Asse:^ de funestes batailles Et de carnages inhumains Ont fait en nos propres entrailles

Rougir nos déloyales mains; Donne ordre que sous ton génie Se termine cette manie; Et que las de perpétuer Une si longue mahvillance.

Nous employions notre vaillance Ailleurs qu'à nous entre-tuer.

La discorde aux crins de couleuvres, Peste fatale aux potetitats, Ne finit ses tragiques œuvres Qu'en la fin même des États; D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie, Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre.

Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.

C'est en la paix que toutes choses Succèdent selon nos désirs; Comme au printemps naissent les roses, En la paix naissent les plaisirs; Elle met les pompes aux villes.

Donne aux champs les moissons fertiles.

Et de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois.

Ce sera dessous cette égide.

Qu'invincible de tous côtés.

Tu verras ces peuples sans bride

Obéir à tes volontés; Et surmontant leur espérance, Remettras en telle assurance Leur salut qui fut déploré, Que vivre au siècle de Marie, Sans mensonge et sans flatterie.

Sera vivre au siècle doré.

Les Muses, les neuf belles fées.

Dont les bois suivent les chansons.

Rempliront de nouveaux Orphéts La troupe de leurs nourrissons ; ■Tous leurs vœux seront de te plaire; Et si ta faveur ttUélaire Fait signe de les avouer, Jamais ne partit de leurs veilles Rien qui se compare eux merveilles Qu'elles feront pour te louer.

En cette hautaine entreprise.

Commune à tous les beaux esprits.

Plus ardent qu'un athlète à Pise, Je me ferai quitter le prix; Et quand j'aurai peint ton image.

Quiconque verra mon ouvrage, Avoûra que Fontainebleau, Le Louvre, ni les Tuileries, En leurs superbes galeries N'ont point un si riclx tableau.

Apollon à portes ouvertes Laisse imlifféremment cueillir Les belles feuilles toujours itrtes

Qui gardent les noms de vieillir; Mais l'art d'en faire les couronnes N'est pas su de toutes personnes; Et trois ou quatre seukvient, Au nombre desquels on me range, ' Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement.

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