‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 17 sur 106 · TOUT LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

TOUT LE CLERGÉ

O le beau jour |

| GABRIEL

La ferveur espagnole.

De ses revers vous dédommage aussi.

Pour mieux tuer on cherche un nouveau monde.

De vous jamais ce monde na parlé,

Il vous ignore ; Ô malice profonde !

JÉSUS-CHRIST Convertissons.

| GABRIEL Le voilà dépeuplé.

Par vous le sang coulera dans la Chine,

Plus loin encore et jusques au Japon

Par vous l’on meurt, par vous l’on assassine, En maudissant la croix et votre nom.

LA VIERGE

O de la croix innombrables victimes ?

Quel long amas de fraudes et de crimes | Quels flots de sang! Hélas lil valait mieux, Pour votrehonneur, ne jamais être dieux.

LE PÈRE Seriez-vous pas quelque peu philosophe ?

LE SAINT-ESPRIT Vous auriez tort. Les gens de cette étoffe Seront un jour nos plus grands ennemis.

Sur notre autel alors moins affermis, Nous tremblerons au seul nom de déiste.

Le traître adore un dieu qui n’est pas nous...

JÉSUS-CHRIST Parlez plus bas.

LE SAINT-ESPRIT Par lui-même il existe.

Ce dieu réel, et rien n’est aussi doux.

Mais nous, hélas ! mensonge que nous sommes Notre existence est un bienfait des hommes.

Leur doute seul nous replonge au néant.

JÉSUS-CHRIST

À bas le doute, à bas le mécréant, Le raisonneur, enfin tout ce qui pense ; Et pour régner enseignons l'ignorance.

LE SAINT-ESPRIT

Ou bien la Bible.

LE PÈRE

Et malgré ce moyen, Si la raison sapait notre puissance, Quel parti prendre ?

LE SAINT-ESPRIT

Alors il faudra bien Redevenir ce que ñous étions : rien.

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