NOTICE SUR PARNY IIT
Qui dans un songe involontaire Voit une bouche téméraire Effleurer ses appas naissants,
Et qui dans ses bras caressants Presse un époux imaginaire.
Ce sommeil doit être charmant, Justine, avec un tel mensonge ; Mais plus heureux encore l’amant Qui peut causer un pareil songe.
Ce n'est pas un descriptif, ni un sentimental. C'est un amoureux, dans le vrai sens du mot. Mais il voit cependant, et très bien, et quelques vers lui suffisent pour peindre ce quil voit et veut montrer :
.… Valsin dévoile avec lenteur Un sein dont l’aimable jeunesse Venait d’achever la rondeur ; Sur les lis il y voit la rose; Il en suit le léger contour ; Sa bouche avide s’y repose ; Il l’échauffe de son amour ; Et tout à coup sa main folâtre Enveloppe un globe charmant Dont jamais les yeux d’un amant N’avaient même entrevu l’albâtre.
» Parny élègiaque est complet en soi, dit encore Sainte-Beuve, il n'appelle pas, comme Millevoye et quelques autres poëtes souffrants et inachevés, l’idée de plus grand que soi, et ne fait point attendre ni desirer vaguement ce maître futur. Lui-méme, dans son cercle limité, est un maître, non un précurseur. Combien faut-il de Maljilâtre, de Gilbert, de Dorange, de Dovalle, pour arriver à un grand talent qui réussit et qui vit ? On se le demande en les lisant. Quand on lit Parny, il ne donne pas l’idée ni l'inquiétude de ce talent plus puissant. Il a ses faiblesses, ses pâleurs, mais
IV NOTICE SUR PARNY k D aussi son charme et sa suavité. C’est une belle fleur qui règne Sur Son gazOn, près de sa source ; on SY asseoit avec lui et on la respire.
» S’il satisfait et contente, ce n’est pas qu’il ne rappelle dans le passé, comme cela a lieu pour les classiques du second ou du troisième âge, de beaux talents antérieurs et souvent supérieurs en rien. Il les rappelle sans pour cela les imiter ; c'est Bertin qui imite, et avec feu, avec talent; chez Parny ce sont bien moins des imitations que des ressemblances. Il a pour la noblesse des tons de Quinault, une veine de Ra-
cine amoureux, des rencontres, mais de courtes et ra-.
pides rencontres seulement, avec La Fontaine. Le Brun, l’ami d'André Chénier, et qui avait, par science et par envie de métier, tout cequ’il fallait pour mesurer Parny, l’a appelé un demi- Tibulle :
« Parny, demi-Tibulle, écrivit mollement Des vers inspirés par les Grecs Et dictés par le sentiment. »
La Guerre des Dieux, sur laquelle nous n'insisterons pas, mais que nous ne pouvions retrancher du bagage poétique de Parny, puisqu'il en est la partie la plus considérable, est un chef-d'œuvre dans son genre; Voltaire n'aurait pas fait mieux. Dans la pensée de Parny, cette épopée burlesque n’est qu'un badinage, et
il ne faudrait pas y voir autre chose que ce que le
poëte a bien voulu y mettre.
Parny se maria comme un bon bourgeois ; il fut un
honnête homme, vécut très vieux et très heureux. ILM
mourut le 5 decembre 1814.
prudence
263 À LT AA #41 Ma piété méditait quelques mots ;
Il était nuit, et le sommeil tranquille Autour de moi prodiguait ses pavots :
Une éclatante et soudaine lumière