‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 27 sur 106 · TT ES · texte numérisé non relu

TT ES

De la tendresse conjugale Donna l'exemple dans Sion.

11 faut achever et tout dire :

Ce prince avait dans son palais Mille femmes dont les attraits Au moins constant devaient suffire.

Ces mille femmes tour à tour Amusaient son fidèle amour.

Des lointains pays amenées, Elles différaient par l'esprit, Les traits, le langage et habit; Et ces sultanes fortunées.

Dont les caprices faisaient loi, Diversement fêtaient le roi.

Fière de sa haute origine, L'une, d’ornements précieux Couvrant ses bras et ses cheveux, Sur des coussins de pourpre fine Qu’enrichissent la perle et l'or, Avec décence, avec noblesse, Livre aux désirs de son altesse De ses charmes le doux trésor :

Et son bonheur commence à peine, Que d’une musique lointaine On entend les sons ravissants, Tantôt vifs, tantôt languissants.

Une autre, en ses goûts plus modeste, Cherche l’ombrage des bosquets.

Sa tunique flottante et leste Défend mal ses jeunes attraits.

Mais aussi pourquoi les défendre ?

Elle foule d’un pied mignon, D'un pied nu les fleurs du gazon; Et Salomon vient la surprendre:

DE LA BIBLE 213 Rte PP

Imitant cet exemple heureux, Soudain les oiseaux du bocage Préludent par un doux ramage A leurs ébats voluptueux.

Mais Nicausis d’une amazone Conserve l’habitet les mœurs, Quelquefois se moque du trône, Et fait acheter ses faveurs.

Toujours sa pudeur intraitable Résiste à l'attrait du plaisir; Avec elle il faut tout ravir :

C'était un combat véritable.

Salomon fort heureusement Savait lutter ; et notre belle Dans sa chute encore querelle L’audace du royal amant.

Te voi.à, tendre Salomée ?

Que tes regards sont caressants!

Que tes soupirs sont séduisants !

O combien tu dois être aimée | Permets que ma lyre charmée Répète les aveux touchants Qu’exhale ta bouche enflammée.

: « Oui, j'ai connu le vrai bonheur ; Et ces instants de ma victoire Seront toujours dans ma mémoire, Seront à jamais dans mon cœur.

Il me nommait sa seule amie ; Des larmes humectaient ses yeux ; D'un sentiment délicieux Son âme paraissait remplie ;

Il soupirait, et ses soupirs Étaient doux comme son ivresse ; ‘ Il désirait, mais aux désirs

Il jorgnait la délicatesse ;

Moins emporté, plus amoureux,

Sur mes mains penchant son visage,

Il répétait : « Je suis heureux,

Et mon bonheur est ton ouvrage. »

Cet aveu, son trouble enchanteur,

Et ses baisers et ma victoire,

Seront toujours dans ma mémoire,

Seront à jamais dans mon cœur. »

La vive et légère Zéthime,

Qui jusque dans la volupté

Conserve sa folle gaîté,

D'une autre manière s'exprime:

« Rien n’est joli comme l’amour.

Mon maître à mes pieds s’humilie.

Esclave de ma fantaisie,

Il espère et craint tour à tour.

Aux yeux de sa philosophie,

Je suis une enfant, mais hélas

Que cette enfant ouvre les bras,

Aussitôt le sage s’oublie.

Il règne au milieu de sa cour:

Je fais bien mieux ; sans diadème,

Je règne sur le roi lui-même.

Rien n’est joli comme l’amour. »

Notre monarque vraiment sage

À recu du ciel en partage

Tous les talents et tous les goûts.

Tantôt il prend sur ses genoux

Une beauté jeune et sauvage ;

Il apprivoise sa pudeur,

Qui toujours s'étonne et refuse;

De son ignorance il s'amuse ;

Il l'instruit, mais avec lenteur ;

D'une main prudente il la flatte ; Et cette rose délicate

Doucement s’entr’ouve au bonheur.

Tantôt, de voluptés avide,

Aux fleurs il préfère les fruits, Cherche des charmes plus instruits, Et vole auprès de Niceide.

C'est là qu’il trouve le désir, L’emportement, la folle ivresse,

Et la science du plaisir.

Le roi sourit à son adresse;

Et dans cet amoureux métier

De maître il devient écolier.

Du palais l'enceinte pompeuse Renferme un immense jardin ;3 Une onde pure et paresseuse Y formait un vaste bassin.

Ses bords, qu’un frais gazon tapisse De fleurs sont toujours parsemés, La couvrent d’une ombre propice.

C’est un rendez-vous pour l’amour.

Les sultanes allaient ensemble

S’y baigner au déclin du jour :

Du prince l’ordre les rassemble,

Et lui-même y vient à sontour, Dans l’onde il se jette avec elles ; Au milieu d’elles confondu, Comme elles il était vêtu.

Sur les baigneuses peu cruelles

Ses yeux, ses lèvres et ses mains, Multipliaient leurs doux larcins

On devine aisément la suite

D’un jeu très-innocent d’abord.

Trop heureuse la favorite

Qu'il pousse en nageant vers le bord | Des autres l’orgueil se dépite ;

Elles retiennent un soupir,

Parlent plus haut, nagent plus vite, Frappent l’onde et la font jaillir.

C'est ainsi que du bel âge Le grand Salomon profitait.

Mais le temps rida son visage ; Plus triste alors il répétait:

« Je touche à la froide vieillesse ; Adieu la douce volupté.

Hélas ! j'avais dans ma jeunesse Une assez belle vanité.

« J’allai de conquête en conquête ; L’obstacle irritait ma fierté ; Noblement je levais la tête ;

J'étais brillant de vanité.

« Aujourd'hui morte est mon audace, Et j'entends dire à la beauté De ce reste de vanité ?

« O vous dont le printemps commence, Fuyez la prodigalité,

Et pour l’automne qui s’avance Ménagez votre vanité ! »

Malgré cette hymne un peu chagrine, La gentillesse féminine :

D'un vieillard pique la langueur.

S’il ne prétend plus au bonheur, Avec son image badine.

Des femmes se peut-on passer!

Des femmes se peut-on lasser!

On le peut, lorsque leur faiblesse Usurpe d’un sexe plus fort L'esprit, les mœurs et la rudesse,

Toujours ce ridicule effort

Les enlaidit. Par son courage,

Par sa fière et mâle beauté,

Judith ne m'aurait point tenté.

Esther me convient davantage.

Tuer au lit est un talent

Dont rarement on fait usage ;

Y plaire est un plus doux partage,

Dont on profite plus souvent.

Assuérus, nous dit la Bible,

Prisait beaucoup cet art paisible.

À sa table il avait un jour

Tous les libertins de sa cour;

Séduit par des chansons lascives,

Et troublé par un vin fumeux,

Il veut donner à ses convives

Un spectacle nouveau pour eux.

« Eunuques, dit-il, que la reine

Se montre sans voile à nos yeux.

Sans aucun voile, je le veux.

Portez-lui ma voix souveraine. »

La sultane recut fort mal

Ce compliment oriental.

Surpris d’une pareille audace,

Le prince : « Imprudente Vasthi,

Ton orgueil m'a désobéi ;

Descends du trône, je te chasse.

Eunuques, dans tous mes états

Allez proclamer sa disgrâce,

Et cherchez-moi d’autres appas.

La plus belle prendra sa place. »

Dès lors on ouvrit le sérail.

I se remplit de beautés neuves.

Mais pour entrer dans <e bercail

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Difficiles étaient les preuves.

L'eunuque, insensible et malin, En faisant son froid commentaire, Portait partout un œil sévère Partout une insolente main.

Belles à la fois et jolies, Trois cents vierges furent choisies ; Et l’une d’elles chaque soir, Entrant dans la couche royale, Se livrait au flatteur espoir De régner bientôt sans rivale.

Pour les parer, on leur donna Tout ce qu’exigea leur caprice ; Car les femmes en ce temps-là Connaissaient encor l’artifice.

La seule Esther était sans art. Un bain est préparé pour elle:

Bientôt de la rose et du nard Son corps y prend l’odeur nouvelle.

Des cheveux d’herbe entrelacés, Des yeux modestes et baissés, Une robe fine et flottante, Pour ceinture un feston de fleurs Qui marque sa taille élégante, Quinze ans et des traits enchanteurs:

Telle paraît Esther tremblante Aux yeux charmés d’Assuérus.

Il la voit, et n'hésite plus.

Le couple amoureux se retire Dans un pavillon écarté.

Le goût lui-même a fait construire Ce temple de la volupté.

Il en a banni la richesse, L'or et le feu des diamants.

Tout y respire la mollesse,

Tout y parle au cœur des amants.

Sous leurs pas la rose s’effeuille

Et sur la blancheur des lambris Serpentent les rameaux fleuris

Du jasmin et du chèvre-feuille,

Le plus habile des pinceaux

A dessiné dans les panneaux

Des images voluptueuses ;

Et, pour mieux fixer le désir, Partout sous des formes heureuses Il a reproduit le plaisir.

Simple, malgré son élégance,

Au centre est un lit spacieux :

Il favorise la licence

Et les caprices amoureux.

Les rideaux de gaze légère,

Que relevait un nœud de fleurs, De la sultane peu sévère

Voilent les premières faveurs.

Faveurs charmantes ! bien suprême | Au vif et doux emportement,

Aux transports de celui qu’elle aime, Esther se livre mollement.

Ainsi dans sa course rapide

On voit le fougueux aquillon Troubler une eau calme et limpide, Qui reposait dans le vallon.

Pour la femme la plus coquette Régner est le nec plus ultra ; L’ambition est satisfaite Quand elle arrive jusque-là.

Une seule, par Dieu choisie, Eut encore un plus beau destin.

Ce Dieu, qui la trouvait jolie, Lui-même féconda son sein.

C'était la pieuse Marie.

Par la faute d’un vieil époux, Faible apparemment et jaloux, La pauvrette de l'hyménée Ne connaissait que les dégoûts ; Et sa jeunesse infortunée Soupçonnait un'destin plus doux.

Un jour que dans son oratoire Elle méditait tristement, Un citoyen du firmament, Un ange rayonnant de gloire, S'offre à ses yeux subitement.

« Salut, ornement de la terre | Salut, ô reine des élus |!

Sois docile tu seras mère, Et ton fils aura nom Jésus. »

Sans retard la brune Marie Obéit à l’ordre des cieux ; Et bientôt sa taille arrondie Fâche le mari soupçonneux.

L’ange fait un-second voyage ; Il menace au nom du Seigneur ; Et cet adroit ambassadeur Remet la paix dans le ménage, Il était temps ; le lendemain, Panther, galant du voisinage, Mourut à la fleur de son âge, Emporté par un mal soudain.

On trouva dans son inventaire L’explication du mystère :

Un beau vêtement azuré, Cinq ou six ailes de rechange,

Des rayons de papier doré, Enfin tout ce qui fait un ange.

Par ce chapitre je finis.

Après la Vierge, est-il permis De descendre aux autres mortelles ?

Pour l'instruction des fidèles, Par dates j'ai traduit les faits : Mais j'ai dû voiler quelques traits.

La prude hypocrite peut seule Fronder ces articles de foi.

Le Saint-Esprit est moins bégueule ; Etsa Bible en dit plus que moi

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