TABLEAU V
« Nymphe de ce riant bocage, Vénus même sous votre ombrage Sans doute dirigea mes pas.
Elle a ralenti votre fuite ;
Elle accéléra ma poursuite,
Et vous fit tomber dans mes bras.
Des mortels souvent les déesses Recurent les tendres caresses ; Imitez et craignez Vénus ;
Elle punirait vos refus. »
Malgré cette voix suppliante,
Et malgré ses désirs secrets,
LES DÉGUISEMENTS
La Nymphe défend ses attraits,
Et toujours sa bouche riante Échappe aux baisers indiscrets.
A quelques pas, dans la prairie
Un fleuve promenait ses flots.
Le front couronné de roseaux,
Des Naïades la plus jolie
Se jouait au milieu des eaux.
Tantôt sous le cristal humide
Elle descend, remonte encor,
Et présente au regard avide
De son sein le jeune trésor; Tantôt glissant avec souplesse
Elle étend ses bras arrondis,
Et sur l’onde qui la caresse
Élève deux globes de lis.
Bientôt mollement renversée,
Par le flot elle est balancée ;
Son pied frappe l’eau qui jaillit Invisible dans le bocage,
Myrtis écartant le feuillage
Voit tout, et de plaisir sourit.
Alors la champêtre déesse,
Que dans ses bras toujours il presse, Rapproche les rameaux touffus, D’un voile en rougissant se couvre, Et sur sa bouché qui s’ent’rouvre Expire le dernier refus.