Le prince Charles-Edouard
DE BORKS. «H
Mais comparé à la passion réelle,
Pauvre est tout cet orgueil princier.
Que sont ces somptueux trésors ?
Que sont ces plaisirs bruyants ?
La vive et éblouissante splenéeur de la vanité et de Tart.
L'éclat du joyau poli
Peut attirer le regard surpris »
Et les brillantes grandeurs de la cour
Peuvent charmer l'imagination, Mais jamais , jamais elles ne Muraient arriver jusctn^au cœar.
Mais si vous aviez vu ma chère Ghloris
Dans sa simple parure ; Charmante comme la jolie fleur entr' ouverte là-bas ,
Oui se referme à l'aspect du jour l
Oh 1 alors donnant l'alarme au cœur,
Et charmant tout sans résistance, Dans les liens délicieux de l'amour elle enchaîne l'âme soumise !
L'Ambition renoncerait
A la couronne impériale du monde ;
Même l'Avarice renierait
Sa divinité adorée, Et sentirait dans chaque veine courir les transports de l*ahit)ur.
Songeant à la mer rugissante
Qui me sépw» de mon amour ; Fatiguant le ciel de ma prière fervente
Pour son bonheur, n'importe où il soit.
Tour à tour ballottée de la crainte à l'espoir.
Cédant tard à la loi do la nature , A voix basse des Esprits , entourant mon oreille ,
Me parlent de celui qui est au loin.
Vous que le chagrin n'a jamais blessés , Vous qui n'avez jamais versé une larme ,
Exempts de soucis, environnés de joie.
Le jour pompeux vous est cher.
Aimable Nuit , favorise-moi ;
Doux Sommeil , tire le rideau ; Esprits bienveillants, revenez vers moi^
Parlez-moi de celui qui est au loin.
908 FOfiSfEg DE BURKS.
GHLORIS.
Ma Ghloris, vois comme les bois sont verts, €omme les liU de primevères sont beaux ;
Les brises embaumées éveillent les fleurs, Et font flotter tes boucles de lin.
L'alouette évite le palais splendide
Et chante sur la chaumière, ' Car la Nature a un sourire aussi doux , je crois ,
Pour les bergers que pour les rois.
Que les ménestrels fassent résonner la corde habile
Dans la salle illuminée des seigneurs , Le berger touche son simple roseau ,
Joyeux , dans le bois de bouleaux.
La fête princière peut regarder
Notre danse rustique avec dédain , Mais leurs cœurs sont-ils aussi légers que les nôtres
Sous l'épine blanche comme le lait ?
Le berger, dans le vallon fleuri,
Fera l'amour dans sa langue de berger :
Le courtisan dit de plus belles choses ,
Mais son cceur est-il aussi vrai ?
J'ai cueilli dans le bois ces fleurs sauvages, pour parer
Ton sein sans tache 1 Les joyaux des courtisans peuvent attester de l'amour —
Mais ce n'est pas un amour comme le mien.
Mon père était un fermier
Sur les limites de Garrick, oh 1
Et il m' éleva soigneusement
Dans des idées de bienséance et d'ordre , oh !
11 me recommanda d'agir en homme,
Quand je n'aurais jamais un liard , oh 1
Car, sans un coeur honnête et mâle,
Nul homme n'est digne d'être regardé, oh t
POÉSIES 0E BCKN». 209
Alors je me déiorminai à prendre Ma course dans le monde , oh 1 Quoiqu'étre riche ne fût pas mon désir, Etre grand avait des charmes, oh !
Mes talents n'étaient pas des pires ; Mon éducation non plus, ohl J'étais du moins résolu à essayer D'améliorer ma position , oh 1
De mainte manière, mais sans succès,
Je courtisai la faveur de, la fortune , oh 1
Toujours quelque cause invisible vint à la traverse
Frustrer chaque effort, oh î
Tantôt j'étais écrasé par des ennemis ,
Tantôt abandonné par des amis , oh 1
Et, quand j'étais au comble de l'espoir,
C'est toujours alors que j'étais le plus déçu, oh !
Alors, cruellement harassé, et las enfin
Des déceptions de la fortune, oh I
Je laissai là mes plans, comme de vains rêves,
Et j'arrivai à cette conclusion, oh I
Que le passé était mauvais, et l'avenir cok^,
Son bien et son mal inconnus, ohl
Mais que l'heure présente était en mon pç^uvQîf,
Et qu'ainsi j'en jouirais, oh 1
Je n'avais ni aide, ni espoir, ni perspective.
Ni personne pour m' épauler, oh I
Il fallait donc peiner, et suer, et griller.
Et travailler pour sid)sister, oh I
A labourer et semer, à moissonner et faucher.
Mon père m'avait élevé de bonne heure, oh 1
Car un homme accoutumé au travail, disait-il,
Pouvait lutter avec la fortuné, oh !
Ainsi tout obscur, inconnu et pauvre,
Je suis condamné à errer dans la vie, oh I
Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués
Dans le sommeil éternel , oh 1
Sans but ni souci que d'éviter tout ce qui pourrait
Me causer peine ou chagrin , oh !
Je vis aujourd'hui du mieux que je peux.
Sans m' occuper de demain, oh I
Mais, toujours gai, je suis aussi bien
Qu'un monarque dans un palais, oh 1
Quoique l'inimitié de la Fortune me pourchasse toujours
Avec sa malignité habituelle , oh 1
Je gagne, il est vrai , le pain de la jownée;
Mais jamais je ne puis aller au delà, oh !
Mais, comme le pain de la journée est totit ce dont j'ai besoin
|« ne m'occupe pas beaucoup d'elle , oh !
Quand parfois mon travail
Me procure un peu d'argent, oh 1
Qaelqne Infortune inattendue
M'arrive généralement , ob l
FateHté, méprise, ou négligence,
Ou folle bonté, oh!
Mais, arrive que voudra, je l'ai toujours juré ,
Je ne serai jamais mélancolique, oh 1
Vous toue qui poursuivez la fortune et le pouvoir ^
Avec une ardeur infati gable « oh!
Plus vw» cherchez le bonheur ici»
Plus vous le perdez de vue , oh 1
Eussiez-vous la richesse dont se vente le ftrtosë ,
Ou des nations pour vous adorer, oh I
Je préférerai toujours à vous
Ua joyeux paysan au cœur hotinéte, oh 1
TAM GLÈÎ^.
Mon cœur se brise , chère petite sœur ,
Venez me donher un conseil ; Les fâcher tous, c'est dommage;
Mais que ferai-je de Tam Glen ?
Je songe qu'avec un si beau garçon ©ans la pauvreté je me tirerais d'afl^iré,
Que me fait de nager dâus la richesse ,- Si je ne dois pas épouser Tam GlëU ?
Il y a Lowrie le laird de Druineller : ^ « Bonjour à vous, bête brute 1 » 11 eutré :
Il vante et fait sonner son argent; Mais quand dansera-t-il comme Tam Glen ?
Maman me corne sans cesse aux oreilles De bien prendre garde aux jeunes gens ;
Ils me flattent, dit-elle , podr me tromper , Mais qui peut penser cela d« Tam iMêù ?
POESIES DE IRTRNS. H 1
Papa ditque, si je le laisse là,
Il me donnera mille bons marcs ; Mais, s'il est décidé que je na dois pas l'avoir,
Oh 1 qui pourrais-je acheter qui soit pareil à Tarn Glen?
Hier, au jeu de la Saint-Valentin ,
Mon cœur me bondit jusqu'aux lèvres ; Car trois fois j'en tirai un sans manquer, "
Et trois îois il y avait écrit ; Tam Glen.
A la dernière veille de la Toussaint ', j'étais à guetter Ma manche de chemiàe mouillée, coinme vous savez ;
Sa ressemblance monta dans la maison , Et c'étaient juste lés culottes grises de Tam Glen !
Venez me conseiller, chère petite sœur, ne tardez pas ;
Je vous donneffti ma belle poule noire Si vous m'engagez à épouser
Le garçoh que j'aime tendrement, Tam Glen.
LXXVîî.