‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 118 sur 224 · Le prince Charles-Edouard · texte numérisé non relu

Le prince Charles-Edouard

DE BORKS. «H

Mais comparé à la passion réelle,

Pauvre est tout cet orgueil princier.

Que sont ces somptueux trésors ?

Que sont ces plaisirs bruyants ?

La vive et éblouissante splenéeur de la vanité et de Tart.

L'éclat du joyau poli

Peut attirer le regard surpris »

Et les brillantes grandeurs de la cour

Peuvent charmer l'imagination, Mais jamais , jamais elles ne Muraient arriver jusctn^au cœar.

Mais si vous aviez vu ma chère Ghloris

Dans sa simple parure ; Charmante comme la jolie fleur entr' ouverte là-bas ,

Oui se referme à l'aspect du jour l

Oh 1 alors donnant l'alarme au cœur,

Et charmant tout sans résistance, Dans les liens délicieux de l'amour elle enchaîne l'âme soumise !

L'Ambition renoncerait

A la couronne impériale du monde ;

Même l'Avarice renierait

Sa divinité adorée, Et sentirait dans chaque veine courir les transports de l*ahit)ur.

Songeant à la mer rugissante

Qui me sépw» de mon amour ; Fatiguant le ciel de ma prière fervente

Pour son bonheur, n'importe où il soit.

Tour à tour ballottée de la crainte à l'espoir.

Cédant tard à la loi do la nature , A voix basse des Esprits , entourant mon oreille ,

Me parlent de celui qui est au loin.

Vous que le chagrin n'a jamais blessés , Vous qui n'avez jamais versé une larme ,

Exempts de soucis, environnés de joie.

Le jour pompeux vous est cher.

Aimable Nuit , favorise-moi ;

Doux Sommeil , tire le rideau ; Esprits bienveillants, revenez vers moi^

Parlez-moi de celui qui est au loin.

908 FOfiSfEg DE BURKS.

GHLORIS.

Ma Ghloris, vois comme les bois sont verts, €omme les liU de primevères sont beaux ;

Les brises embaumées éveillent les fleurs, Et font flotter tes boucles de lin.

L'alouette évite le palais splendide

Et chante sur la chaumière, ' Car la Nature a un sourire aussi doux , je crois ,

Pour les bergers que pour les rois.

Que les ménestrels fassent résonner la corde habile

Dans la salle illuminée des seigneurs , Le berger touche son simple roseau ,

Joyeux , dans le bois de bouleaux.

La fête princière peut regarder

Notre danse rustique avec dédain , Mais leurs cœurs sont-ils aussi légers que les nôtres

Sous l'épine blanche comme le lait ?

Le berger, dans le vallon fleuri,

Fera l'amour dans sa langue de berger :

Le courtisan dit de plus belles choses ,

Mais son cceur est-il aussi vrai ?

J'ai cueilli dans le bois ces fleurs sauvages, pour parer

Ton sein sans tache 1 Les joyaux des courtisans peuvent attester de l'amour —

Mais ce n'est pas un amour comme le mien.

Mon père était un fermier

Sur les limites de Garrick, oh 1

Et il m' éleva soigneusement

Dans des idées de bienséance et d'ordre , oh !

11 me recommanda d'agir en homme,

Quand je n'aurais jamais un liard , oh 1

Car, sans un coeur honnête et mâle,

Nul homme n'est digne d'être regardé, oh t

POÉSIES 0E BCKN». 209

Alors je me déiorminai à prendre Ma course dans le monde , oh 1 Quoiqu'étre riche ne fût pas mon désir, Etre grand avait des charmes, oh !

Mes talents n'étaient pas des pires ; Mon éducation non plus, ohl J'étais du moins résolu à essayer D'améliorer ma position , oh 1

De mainte manière, mais sans succès,

Je courtisai la faveur de, la fortune , oh 1

Toujours quelque cause invisible vint à la traverse

Frustrer chaque effort, oh î

Tantôt j'étais écrasé par des ennemis ,

Tantôt abandonné par des amis , oh 1

Et, quand j'étais au comble de l'espoir,

C'est toujours alors que j'étais le plus déçu, oh !

Alors, cruellement harassé, et las enfin

Des déceptions de la fortune, oh I

Je laissai là mes plans, comme de vains rêves,

Et j'arrivai à cette conclusion, oh I

Que le passé était mauvais, et l'avenir cok^,

Son bien et son mal inconnus, ohl

Mais que l'heure présente était en mon pç^uvQîf,

Et qu'ainsi j'en jouirais, oh 1

Je n'avais ni aide, ni espoir, ni perspective.

Ni personne pour m' épauler, oh I

Il fallait donc peiner, et suer, et griller.

Et travailler pour sid)sister, oh I

A labourer et semer, à moissonner et faucher.

Mon père m'avait élevé de bonne heure, oh 1

Car un homme accoutumé au travail, disait-il,

Pouvait lutter avec la fortuné, oh !

Ainsi tout obscur, inconnu et pauvre,

Je suis condamné à errer dans la vie, oh I

Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués

Dans le sommeil éternel , oh 1

Sans but ni souci que d'éviter tout ce qui pourrait

Me causer peine ou chagrin , oh !

Je vis aujourd'hui du mieux que je peux.

Sans m' occuper de demain, oh I

Mais, toujours gai, je suis aussi bien

Qu'un monarque dans un palais, oh 1

Quoique l'inimitié de la Fortune me pourchasse toujours

Avec sa malignité habituelle , oh 1

Je gagne, il est vrai , le pain de la jownée;

Mais jamais je ne puis aller au delà, oh !

Mais, comme le pain de la journée est totit ce dont j'ai besoin

|« ne m'occupe pas beaucoup d'elle , oh !

Quand parfois mon travail

Me procure un peu d'argent, oh 1

Qaelqne Infortune inattendue

M'arrive généralement , ob l

FateHté, méprise, ou négligence,

Ou folle bonté, oh!

Mais, arrive que voudra, je l'ai toujours juré ,

Je ne serai jamais mélancolique, oh 1

Vous toue qui poursuivez la fortune et le pouvoir ^

Avec une ardeur infati gable « oh!

Plus vw» cherchez le bonheur ici»

Plus vous le perdez de vue , oh 1

Eussiez-vous la richesse dont se vente le ftrtosë ,

Ou des nations pour vous adorer, oh I

Je préférerai toujours à vous

Ua joyeux paysan au cœur hotinéte, oh 1

TAM GLÈÎ^.

Mon cœur se brise , chère petite sœur ,

Venez me donher un conseil ; Les fâcher tous, c'est dommage;

Mais que ferai-je de Tam Glen ?

Je songe qu'avec un si beau garçon ©ans la pauvreté je me tirerais d'afl^iré,

Que me fait de nager dâus la richesse ,- Si je ne dois pas épouser Tam GlëU ?

Il y a Lowrie le laird de Druineller : ^ « Bonjour à vous, bête brute 1 » 11 eutré :

Il vante et fait sonner son argent; Mais quand dansera-t-il comme Tam Glen ?

Maman me corne sans cesse aux oreilles De bien prendre garde aux jeunes gens ;

Ils me flattent, dit-elle , podr me tromper , Mais qui peut penser cela d« Tam iMêù ?

POESIES DE IRTRNS. H 1

Papa ditque, si je le laisse là,

Il me donnera mille bons marcs ; Mais, s'il est décidé que je na dois pas l'avoir,

Oh 1 qui pourrais-je acheter qui soit pareil à Tarn Glen?

Hier, au jeu de la Saint-Valentin ,

Mon cœur me bondit jusqu'aux lèvres ; Car trois fois j'en tirai un sans manquer, "

Et trois îois il y avait écrit ; Tam Glen.

A la dernière veille de la Toussaint ', j'étais à guetter Ma manche de chemiàe mouillée, coinme vous savez ;

Sa ressemblance monta dans la maison , Et c'étaient juste lés culottes grises de Tam Glen !

Venez me conseiller, chère petite sœur, ne tardez pas ;

Je vous donneffti ma belle poule noire Si vous m'engagez à épouser

Le garçoh que j'aime tendrement, Tam Glen.

LXXVîî.

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