‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 14 sur 224 · LA FOIRE SAINTE · texte numérisé non relu

LA FOIRE SAINTE

La foire sainte e(rt une (thraae usitée ^ ronMt ^ l*SepllM pour 44« signer on jour de comn^union,

Une robe de sincérité et de bonne foi appafonte

Cachait l'astucieuse Observation ; Et pendait en secret , couvert d'une croûte empoisonnée ,

Le poignard de la Diffamation :

Un masque qui avait l'air de la gorge

Cliangeante d'un pigeon ; Et pour grand et large manteau ,

Il l'enveloppa dans la Religion.

L'Hypocrisie à la mode.

Un dimanche matin, dans l'été,

A l'heure où la nature a uq aspect («(larinant, Je sortis pour voir le blé ,

Et respirer Tair frais.

Le soleil se levant sur les bruyères de GaUton

Brillait dans tout son éclat; Les lièvres se glissaient dans les sillons ,

Et les alouettes, leur chaut était Bien doux ce jour-là.

Gomme je regardais joyeusement au loin

Pourvoir un spectacle si riant, Trois jeunes filles , en route de bonne heure ,

Vinrent à ma rencontre; Deux d'entre elles avaient de tristes manteaux noirs ,

Mais un était doublé de gris ; La troisième , qui marchait un peu eq arrière ,

Etait mise à la mode

Bien gaiement ce jour-là.

Les deux premières avaient Tair de deux scpurs jumelles , A leurs traits, leur tournure, et leurs habits;

Leur visage était flétri , long et maigre ,

Et aussi aigre qu'aucune prune sâuvage ;

La troisième arrivait en sautillant, bondissant, Aussi légère qu'aucun agneau ,

Et elle mo fit une profonde révérence,

Aussitôt qu'elle me vit ,

Bien obligeamment ce jour-là.

Mettant bonnet bas , je lui dis : « Charmante fille ,

Il me semble que vous avez l'air de me connaître; Assurément j'ai vu cette jolie figure ,

Mais pourtant.je ne saurais dire votre nom. » Elle me dit, tout en riant

Et en me prenant par les mains :

« Vous avez, pour l'amour de moi, fait

A tous les dix Ck)mmandements Un accroc certain jour.

» Mon nom est Goguette — votre ancienne connaissance ,

La meilleure amie que vous ayez ; Et celle-ci, c'est la Superstition;

Et celle-là , c'est l'Hypocrisie.

Je vais à la foire sainte de Mauchline

Passer une heure à me divertir :

Si vous y voulez venir, ce couple ridé

Nous prêtera fameusement à rire 6e lui en ce jour. »

Je répondis : a De tout mon cœur, je le veux bien;

Je vais mettre ma chemise des dimanches , Et je vous retrouverai au lieu saint ;

Ma foi, nous aurons de belles remarques à faire ! » Aloi's je rentrai chez moi à l'heure du déjeuner,

Et je ne fus pas long à m'apprêter ; Car les chemins étaient couverts d'un côté à l'autre

De toutes sortes de gens En troupeaux ce jour-là.

Ici les fermiers, gens entendus , en habit de cheval.

Trottaient tout doucement à côté de leurs paysans ; Là de jeunes garçons bien découplés , en beaux habits de drap fin ,

Vont sautant les rigoles.

Les filles , lestes et nu-pieds , s'assemblent ,

Etincelantes de soie et d'écarlate , Avec du fromage blanc par grosses tranches

Et des pains d'avoine cuits avec du beurre Çt bien croustillants ce jour-lq,

vni.

Quand nous mettons le nez près du plat

Tout chargé d'yn amas de sous , Le bonnet noir jette un regard cupide,

Et il nous faut tirer notre pièce de quatre sous. Alors nous entrons pour voir le spectacle :

On afflue de tous côtés , Les uns portant des tables, les autres des chaises et des escabeaux,

Et d'autres sont occupés à dire des niaiseries Bien haut ce jour-là.

Voici un hangar pour garantir des ondées

Et protéger nos gentlemen campagnards ; Là le coureur Jess et deux ou trois coquines

Regardent à l'entrée ; Ici est assise une rangée de drôlesees parlant bat ,

Le sein en mouvement et le cou nu ; Et là une bande de tisserands ,

Venus de Kilmarnock en vrais vauriens Pour la Goguette ce jour-là.

Ici les uns pensent à leurs péchés ,

Et d'autres à leurs habits ; L'un maudit les pieds qui lui ont crotté le devant de la jambe ,

L'autre soupire et prie :

De ce côté-ci est assis un échantillon choisi

Avec des faces grimacières et fières d'avoir la grâce; De celui-là , un tas de gens aux aguets

Se pressent, en faisant l'œil aux filles , Vers les chaises ce jour-là.

O heureux est cet homme fortuné

( Il n'est pas étonnant qu'il en soit fier ! } A côté de qui la chère fille qu'il préfère

Accourt se placer ! Le bras appuyé sur le dos de la chaise ,

Il s'arrange agréablement; Son bras, peu à peu , se glisse autour du cou,

Et sa main sur le sein , Incognito ce jour-là.

Maintenant dans toute rassemblée

Règne une attente silencieuse ; Car Moodie monte à la porte sainte

Avec des nouvelles de damnation.

Si Cornu * , comme aux jours anciens ,

Se présentait parmi les fils de Dieu , La vue seule de la face de Moodie

Le renverrait à son chaud logis Avec effroi ce Jour-là.

Ecoutez comme il éclaircit les articles de foi

A force de cris et de coups àe poing l Tantôt doux et calme » tantôt emporté et Airibond ,

il frappe du pied et il bondit !

Son menton allongé , son museau retroussé ^

Ses hurleme«ts ei ses gestM affV«ux , Oh I comme ils embrasent le cœur dévot ,

Ainsi que des emplâtres de canthirides, £n un tel jour 1

Mais , chut 1 la chaire a Changé de ton ;

Il n'est plus de paix ni de repos :

Car tous les juges réels se lèvent,

Us no peuvent plus se tenir de colère.

Smith entame ses froides harangues

Sur la pratique et sur la morale ; Et les dévots s'écoulent en masse

Pour donner aux jarres et aux barils Un coup de main ce jour-là.

Que signifie son éclat stérile.

De la puissance morale et de la raison ?

Son style anglais et ses beaux gestes

Sont absolument hors de saison.

Il définit l'homme moral

Pareil à Socrate ou aux Antonins, Ou à quelque vieil idolâtre paten;

Mais il n'y mêle pas un mot de foi :

Ce qu'il faUdt^it ce joor-là.

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