LA FOIRE SAINTE
La foire sainte e(rt une (thraae usitée ^ ronMt ^ l*SepllM pour 44« signer on jour de comn^union,
Une robe de sincérité et de bonne foi appafonte
Cachait l'astucieuse Observation ; Et pendait en secret , couvert d'une croûte empoisonnée ,
Le poignard de la Diffamation :
Un masque qui avait l'air de la gorge
Cliangeante d'un pigeon ; Et pour grand et large manteau ,
Il l'enveloppa dans la Religion.
L'Hypocrisie à la mode.
Un dimanche matin, dans l'été,
A l'heure où la nature a uq aspect («(larinant, Je sortis pour voir le blé ,
Et respirer Tair frais.
Le soleil se levant sur les bruyères de GaUton
Brillait dans tout son éclat; Les lièvres se glissaient dans les sillons ,
Et les alouettes, leur chaut était Bien doux ce jour-là.
Gomme je regardais joyeusement au loin
Pourvoir un spectacle si riant, Trois jeunes filles , en route de bonne heure ,
Vinrent à ma rencontre; Deux d'entre elles avaient de tristes manteaux noirs ,
Mais un était doublé de gris ; La troisième , qui marchait un peu eq arrière ,
Etait mise à la mode
Bien gaiement ce jour-là.
Les deux premières avaient Tair de deux scpurs jumelles , A leurs traits, leur tournure, et leurs habits;
Leur visage était flétri , long et maigre ,
Et aussi aigre qu'aucune prune sâuvage ;
La troisième arrivait en sautillant, bondissant, Aussi légère qu'aucun agneau ,
Et elle mo fit une profonde révérence,
Aussitôt qu'elle me vit ,
Bien obligeamment ce jour-là.
Mettant bonnet bas , je lui dis : « Charmante fille ,
Il me semble que vous avez l'air de me connaître; Assurément j'ai vu cette jolie figure ,
Mais pourtant.je ne saurais dire votre nom. » Elle me dit, tout en riant
Et en me prenant par les mains :
« Vous avez, pour l'amour de moi, fait
A tous les dix Ck)mmandements Un accroc certain jour.
» Mon nom est Goguette — votre ancienne connaissance ,
La meilleure amie que vous ayez ; Et celle-ci, c'est la Superstition;
Et celle-là , c'est l'Hypocrisie.
Je vais à la foire sainte de Mauchline
Passer une heure à me divertir :
Si vous y voulez venir, ce couple ridé
Nous prêtera fameusement à rire 6e lui en ce jour. »
Je répondis : a De tout mon cœur, je le veux bien;
Je vais mettre ma chemise des dimanches , Et je vous retrouverai au lieu saint ;
Ma foi, nous aurons de belles remarques à faire ! » Aloi's je rentrai chez moi à l'heure du déjeuner,
Et je ne fus pas long à m'apprêter ; Car les chemins étaient couverts d'un côté à l'autre
De toutes sortes de gens En troupeaux ce jour-là.
Ici les fermiers, gens entendus , en habit de cheval.
Trottaient tout doucement à côté de leurs paysans ; Là de jeunes garçons bien découplés , en beaux habits de drap fin ,
Vont sautant les rigoles.
Les filles , lestes et nu-pieds , s'assemblent ,
Etincelantes de soie et d'écarlate , Avec du fromage blanc par grosses tranches
Et des pains d'avoine cuits avec du beurre Çt bien croustillants ce jour-lq,
vni.
Quand nous mettons le nez près du plat
Tout chargé d'yn amas de sous , Le bonnet noir jette un regard cupide,
Et il nous faut tirer notre pièce de quatre sous. Alors nous entrons pour voir le spectacle :
On afflue de tous côtés , Les uns portant des tables, les autres des chaises et des escabeaux,
Et d'autres sont occupés à dire des niaiseries Bien haut ce jour-là.
Voici un hangar pour garantir des ondées
Et protéger nos gentlemen campagnards ; Là le coureur Jess et deux ou trois coquines
Regardent à l'entrée ; Ici est assise une rangée de drôlesees parlant bat ,
Le sein en mouvement et le cou nu ; Et là une bande de tisserands ,
Venus de Kilmarnock en vrais vauriens Pour la Goguette ce jour-là.
Ici les uns pensent à leurs péchés ,
Et d'autres à leurs habits ; L'un maudit les pieds qui lui ont crotté le devant de la jambe ,
L'autre soupire et prie :
De ce côté-ci est assis un échantillon choisi
Avec des faces grimacières et fières d'avoir la grâce; De celui-là , un tas de gens aux aguets
Se pressent, en faisant l'œil aux filles , Vers les chaises ce jour-là.
O heureux est cet homme fortuné
( Il n'est pas étonnant qu'il en soit fier ! } A côté de qui la chère fille qu'il préfère
Accourt se placer ! Le bras appuyé sur le dos de la chaise ,
Il s'arrange agréablement; Son bras, peu à peu , se glisse autour du cou,
Et sa main sur le sein , Incognito ce jour-là.
Maintenant dans toute rassemblée
Règne une attente silencieuse ; Car Moodie monte à la porte sainte
Avec des nouvelles de damnation.
Si Cornu * , comme aux jours anciens ,
Se présentait parmi les fils de Dieu , La vue seule de la face de Moodie
Le renverrait à son chaud logis Avec effroi ce Jour-là.
Ecoutez comme il éclaircit les articles de foi
A force de cris et de coups àe poing l Tantôt doux et calme » tantôt emporté et Airibond ,
il frappe du pied et il bondit !
Son menton allongé , son museau retroussé ^
Ses hurleme«ts ei ses gestM affV«ux , Oh I comme ils embrasent le cœur dévot ,
Ainsi que des emplâtres de canthirides, £n un tel jour 1
Mais , chut 1 la chaire a Changé de ton ;
Il n'est plus de paix ni de repos :
Car tous les juges réels se lèvent,
Us no peuvent plus se tenir de colère.
Smith entame ses froides harangues
Sur la pratique et sur la morale ; Et les dévots s'écoulent en masse
Pour donner aux jarres et aux barils Un coup de main ce jour-là.
Que signifie son éclat stérile.
De la puissance morale et de la raison ?
Son style anglais et ses beaux gestes
Sont absolument hors de saison.
Il définit l'homme moral
Pareil à Socrate ou aux Antonins, Ou à quelque vieil idolâtre paten;
Mais il n'y mêle pas un mot de foi :
Ce qu'il faUdt^it ce joor-là.