DISCOURS
Alix TRÈS-BONS OU VERTIEUX RIGIDES.
Mon fils , faites-vous une règle de ces avis ,
Et embrassez-les tous ensemble ; Le vertueux rigide est un sot ,
Le sage rigide en est un autre ; Le blé le plus net qui ait jamais été vanné
Peut contenir quelques brins de paille ; Ainsi ne méprisez jamais un de vos semblables
Pour quelques accès de folie.
Salomon, Ecclésiaste, ch. w\ , vers. 16,
O voiis qui êtes si bons vous-mêmes ,
Si pieux et si saints.
Vous n'avez rien a faire que d'observer et raconter
Les fautes et la foHe de vos voisins 1 Vous dont la vie est comme un moulin qm va bien,
Fourni d'eau en abondance, Où l'amas de la trémie s'affaisse toujours,
Et toujours le claquet fait son tapage.
Il,
Ecoutez-moi, vous, vén«^rable corps.
Comme conseil des pauvres mortels.
Qui dépassent fréquemment la porte de la discrète Sagesse
Pour entrer chez l'imprudente Folie ; Je voudrais présenter ici la défense
De ces étourdis insouciants , De leurs malheureux tours, de leurs noires erreurs,
De leurs fautes et mésaventures.
Vous voyez votre état comparé au leur.
Et vous frissonnez à l'idée d'un échange:
Mais jetez, un moment, un regard loyal
Sur ce qui fait cette énorme différence.
Déduisez ce que la rareté des occasions vous a donné
De cette pureté dont vous êtes fier, Et (ce qui est souvent plus que tout le reste)
L'art de savoir mieux vous cacher.
Pensez, lorsque votre pouls châtié
De temps en temps bouillonne, Quelles rages doivent soulever les veines
Qui galopent éternellement ; Avec le vent et la marée en queue,
Droit devant vous vous fendez la mer • Mais voguer contre l'une et l'autre, '
Gela fait étrangement dériver.
Voyez la Sociabilité et la Gaieté s'asseoir
Toutes joyeuses et insouciantes, Jusqu'à ce qu'entièrement métamorphosées, elles soient devenues
Débauche et Ivresse :
Ohl si elles s'arrêtaient à calculer
Les éternelles conséquences, Ou à se représenter votre enfer plus redoutable,
Damnation avec dépens !
POÉSIES D£ BURNS. o9
Vous, grandes, hautaines, vertueuses dames, .
Si serrées dans vos pieux corsets, Avant de dire des injures à la pauvre Fragilité,
Supposez un changement de cas; Un jeune homme adoré, une occasion propice.
Une inclination traîtresse — Mais, laissez-moi voos le dire à l'oreille,
Vous n'êtes peut-être pas une tentation.
Jugez donc avec indulgence l'homme votre frère.
Avec plus d'indulgence encore la femme votre sœur; Quoiqu'ils puissent aller un peu de travers ,
Errer est chose humaine :
Un point reste toujours grandement obscur,
Le mobile qui les fait agir ; Et vous pouvez distinguer tout aussi mal
Jusqu'à quel point ils s'en repentent.
VIÎÎ.
Celui qui a fait le cceur, Lui seul
Peut nous juger pleinement ; Il connaît cbaquë eorde «^ êc« ton divers ,
Chaque ressort — son objet divers :
Quant à la balance, soyons donc muets,
Nous ne pcttvoBB jamais la régler; Ce qui est fait, nous pouvonate suppoter eii partie j
Mais nous ne 6«vo4» pas à quoi on a résiêtéi
ÉLÉGIE DÉ TAM âAMSON.
u Un honnête homme^est le plus noble ouvrage de Dieu. »
Poi-É.
La vieille Kilmarnock a't-elle vu le diable?
Ou le grand Mac Kiulay * s'est-il foulé le talon ?
Ou Robinson est-il rétabli et en état
De prêcher et de lire? •
« Nonj pli que tout cela 1 » s'écrie chaque jetme garçon,
Tam Samson est mort !
1. Voir la pièce intitulée Ordination , stances il et ix {N. <K» Irad.)
60 POESIES DE BUHNS.
Kilniariiock peut long-temps se plaindre et gémir. Et soupirer, et sangloter, et pleurer, solitaire, Et vôtir ses fils, homme, femme et enfant,
D habits de deuil ; A la mort elle a chèrement payé sa redevance :
Tarn Samson est mort 1
Les frères du niveau mystique
Peuvent de tristesse laisser tomber leur tête à fausse équerre,
Tandis que le long de leur nez les pleurs ruissellent
Gomme les grains d'un collier ; La mort a donné à la loge un terrible coup :
Tarn Samson est mort !
Quand l'Hiver s'enveloppe de son manteau
Et durcit la boue comme un roc;
Quand les joueurs de curling affluent sur les lacs
Avec un empressement joyeux , Qui placeront-'ils auprès du but?
Tam Samson est mort î
C'était le roi de toute la troupe,
Pour défendre, ou tirer, ou attraper de côté un trou,
Ou en suivant la direction de la pierre rugir comme Jèhu
Au moment nécessaire ; Mais maintenant il reste en arrière dans la ligne de la mort:
Tam Samson est mort !
Maintenant qu'en sûreté voguent les majestueux saumons,
Et les truites toutes grêlées de rouge ,
Et les anguilles bien connues pour leur souple queue.
Et les brochets pour leur gloutonnerie.
Puisque , pris lui-même au sombre filet du trépas , nous pleurons
Tam Samson mortl
Réjouissez-vous toutes, gloussantes perdrix; Vous, coqs de bruyère pattûs, chantez gaiement; Vous, lièvres, redressez votre queue toute belle
Sans crainte, Votre ennemi mortel est maintenant parti :
Tam Samson est mort 1
Que ce désastreux matin soit à jamais déploré
Qui le vit paré de ses habits de chasse ,
Tandis que ses chiens d'arrêt à l'entour brûlaient impatients,
î>éjà découplés ; Mais, hélas 1 il partit, et jamais ne revint:
Tam Samson est mort I
POESIES J)E BUKNS. 61
En vain la vieillesse battait son corps en brèche;
En vain la goutte enchaînait ses jointures ;
En vain les ruisseaux coulaient comme des rivières
Larges d'un arpent 1 Maintenant chaque vieille femme, pleurant, répète :
Tarn Samson est mort !
Par-dessus mainte et mainte crevasse il sauta,
Et toujours il tira un autre coup ,
Jusqu'au moment où la poltronne de Mort s'élança derrière lui
Avec une mortelle inimitié ; Maintenant elle proclame à son de trompe
Que Tam Samson est mort 1
Lorsqu'il sentit le poignard à son cœur.
Il trébucha comme lorsqu'il était ivre ; Mais pourtant il tira la détente mortelle.
Attentif à bien viser ; « Dieu, cinql » s'écria-t-il, et là-dessùs il tomba :
Tam Samson est mort 1
Chaque vieux chasseur regretta un frère;
Chaque jeune pleura un père;
Cette vieille pierre grise, là-bas dans la bruyère,
Indique la place de sa tête , Où Bums a écrit *en mauvais vers :
Tam Samson est mort î
C'est là qu'il gît, dans im étemel repos.
Peut-être sur sa poitrine qui tombe en poussière Quelques malicieux coqs de bruyère bâtissent leur nid
Pour pondre et couver; '
Hélas 1 il ne les inquiétera plus I
Tam Samson est mort I
Quand les vents d'août font ondoyer la bruyère , £t que les chasseurs errent auprès de ce tombeau, Que sa mémoire réclame trois décharges
De poudre et de plomb.
Jusqu'à ce qu'Echo réponde de son antre :
Tam Samson est mort 1
Que le ciel donne le repos à son âme, n'importe où il soit ! C'est le vœu de bien d'autres que moi.
Il avait deux défauts , peut-être bien trois ;
Mais quel remède?
Nous avons perdu un bon vivant, un brave homme :
Tam Samson est mort 1
Gi POESIES DE BUKNS.
ÉPITAPUE.
Ci-git l'argile usée de Tam Samson,
O vous , cagots zélés , épargnez-le !
Si le mérite honnête monte au ciel,
Vous vous amenderez avant d'habiter près de lui.