LA VEILLE DE LA TOUSSAINT
u Oui , que le riche tourne en ridicule, que TorgueiHettx dédaigne
Les simples plaisirs de la basse classe ;
Je me sens plus de tendresse , plus d'affinité de cœur
Pour un seul charme naturel, que pouf tout le Vernis dfe l'art;»
GOLDSMltrt.
La nuit que les fées légères
Dansent sur Gassilis DownanS) Ou par les pelouses^ en flanunes étincelaotesi
Caracolent sur de fougueux coursiers ; Ou prennent la route de Golcan
Aux pâles rayons de la hme, Pour y errer et courir sur kt caTertie«
Parmi les rocs et les torrents, Et folâtrer cette nuit.
Sur les belles rives sinueuses
Où serpente le Doon limpide ^ Et où Bruce commanda jadis les belliqueuses cohortes
Et brandit sa lance de Carrick ^ , Amis joyeux , quelques gens de la campagne
Se réunirent
1. Kilmamock. \N. d. trad.) — 2. Les ancêtres -de Hubert firuce étaient comtes de Carrick.
Pour brûler leurs noisettes et arracher leurs tiges de choux verts , Et célébrer leur veille de Toussaint Joyeusement cette nuit.
Les filles mises avec soin et exquise propreté,
Plus jolies que lorsqu'elles sont parées, Leur figure enjouée est un bien charmant indice
D'un cœur loyal, chaud et aimant :
Les garçons si propres aussi, avec des lacs d'amour
Bien noués sur leurs jarretières ; Les uns tout timides, et d'autres avec des langues
A faire aller grand train le cœur des filles Parfois la nuit.
Alors, premièrement et avant tout, à travers le* choux verts,
Il faut que chacun aille chercher sa tige * . Ils ferment les yeux, et tâtonnent, et choisissent
Les grosses et les droites.
Ce pauvre niais de Will manqua le but
Et s'égara parmi les choux blancs.
Et arracha, faute de meilleure ^ressource.
Une tige qui ressemblait à une queue de truie, Tant elle était tortue cette nuit.
Alors, droite ou tortue, avec ou sans terre',
A tue-téte ils crient tous pèle-môle; Il n'y a pas jusqu'aux petits enfants qui , tout branlants , ne courent
Avec des tiges par-dessus leurs épaules; Et, ouvrant leurs couteaux, ils goûtent
Si les cœurs sont doux ou amers • ; Puis, soigneusement, au-dessus de la porte,
Avec adresse, ils les ont mises là A passer la nuit.
Les filles s'échappent d'entre eux tous Pour arracher leurs tiges de blé * ; Mais Rab s'évade aussi et tourne
Derrière la grande haie :
Il agrippe Nelly fort et ferme ; Toutes les filles jettent des cris ; ' Mais son épi fut presque perdu.
Tandis qu'elle était blottie sous la meule Avec lui cette nuit.
1. Qui doit indiquer la manière dont sera fait le mari ou la femme qu'on aura. — 2. S'il y a de la terre à la racine, c'est signe de dot. — 3. Ceci sert à connaître le caractère. — 4. Trois, une à une. Si la troisième n'a pa.s d'épi, la fille qui l'a prise ne se marierti pas vierge. (iV. «/. trnd.)
(51 POÉSTES DE BURNS.
Le beau tas de noisettes de la vieille ménagère
Se distribue à la ronde, Et la destinée de bien des garçons et des filles
Se décide cette nuit :
Les unes s'allument affectueusement côte à côte,
Et brûlent ensemble parfaitement ; Les autres se séparent, avec un insolent orgueil,
Et sautent par-dessus la cheminée Bien haut cette nuit.
Jeanne en glisse deux , d'un œil attentif;
Qui c'était , elle ne veut pas le dire ; Mais, celle-ci, c'est Jack, et celle-ci, c'est moi,
Dit-elle en elle-même ; Il brûlait sur elle, et elle sur lui.
Comme s'ils ne devaient plus jamais se séparer. Lorsque, crac l il sauta par-dessus la cheminée,
Et Jeanne eut môme le cœur bien gros De voir cela cette nuit.
Le pauvre Willie, à la tige de chou blanc.
Fut brûlé avec la précieuse Mallie; Et Mallie, sans nul doute, prit de l'humeur
D'être accouplée à Willie ; La noisette de Mallie fit au dehors un bond orgueilleux ,
Et alla la brûler au pied , Tandis que Willie sautait et jurait sa foi
Que c'était juste comme cela qu'il voulait Etre cette nuit.
Nell avait en tête l'aventure de la meule,
Elle se met au feu avec Rob; • Une flamme amoureuse les unit dans une douce étreinte
Jusqu'à ce qu'ils se réduisent en cendre blanche ; Le cœur de Nell dansait à cette vue ,
Elle dit tout bas à Rob de regarder :
Rob, à la dérobée, prit un baiser sur sa jolie bouche.
En se serrant bien dans le coin pour cela , Sans être vu cette nuit.
Mais Merran était assise derrière leur dos.
Songeant à Andrew Bell- Elle les laisse à leur causerie
Et s'échappe toute seule :
Elle prend en droite ligne par la cour.
Et puis s'en va au four.
Et dans l'ombre tàte les poutres,
Et puis dedans jette le peloton de laine bleue, "foui effrayée cette nuit,
Et toujours' elle dévidait, et toujours elle suait;
Je sais qu elle ne s'amusait pas ; Jusqu'à ce que quelque chose arrêtùt le fil dans le pot :
Bonté divine! c'est qu'elle tremblait 1...
Mais si c'était le diable lui-même,
Ou si c'était le bout d'une poutre, Ou si c'était Andrew Bell,
Elle ne prit pas le temps de faire De question cette nuit*.
La petite Jenny dit à sa grand' maman :
«Voulez-vous venir avec moi, grand'roaman?
Je mangerai devant la glace la pomme
Que j'ai eue de mon oncle Johnie*. »
Elle fumait sa pipe avec de telles bouffées,
Elle exhalait tellement sa colère, Qu'elle ne remarqua pas qu'une cendre chaude brûlait
Son beau tablier neuf d'estame
De part en part cette nuit.
« Qui , vous ? face de mauvaise petite drôlesse î
Avisez-vous d'une pareille plaisanterie, Comme de chercher le grand Larron en aucun lieu ,
Pour qu'il vous dise votre bonne aventure :
Nul doute que vous ne puissiez avoir une apparition !
Mais vous devez avoir grand sujet de la craindre; Car plus d'une en a eu une frayeur,
Et a vécu et est morte en délire Dans ime telle nuit.
» Une moisson avant la bataille de Shériff-moor', —
Je m'en souviens comme d'hier, J'étais alors une morveuse, ma foi ,
Je n'avais pas encore quinze ans :
L'été avait été froid et humide,
Et le blé était très-vert ; Et toujours nous avions un joyeux souper de moisson.
Et ce fut juste la veille de la Toussaint Qu'il tomba cette nuit.
» Notre maître moissonneur était Rab Mac-Graen,
Un habile et vigoureux gaillard :
Il a depuis fait un enfant à Eppie Sim ,
Qui demeurait dans Achmacalla :
1. Quand le fil s'arrête, on doit demander, « qui arrête! » La réponse vous apprendra les nom et prénom de votre futur époux. — 2. Prenez une chandelle, et allez manger une pomme devant une glace , et vous y verrez votre futur époux regarder par-dessus votre épaule. — 3. En 1715. (N. rf, tra4.\
Il prit de la graine de chanvre*, je nie le rappelle bien.
Et il en parla avec grand mépris.
Mais il fut bien des jours hébété,
Tant il avait été épouvanté Cette môme nuit. »
Alors se leva le batailleur Jamie Fleck,
Et il jura sur sa conscience Qu'il pourrait semer un picotin de graine de chanvre;
Car tout cela, c'était de la niaiserie; Le vieux maître de la maison aveignit le sac
Et lui en donna une poignée ; Puis il lui dit de s'échapper de l'assemblée
A un moment où personne ne le verrait, Et d'essayer cette nuit.
11 marche à travers lea tas de blé»
Quoiqu'un' peu effrayé ; Pour herse il prend la fourche
Et la traîne à son c-l ; Et de temps en temps il dit :
« Graine de chanvre, je te vois, Et que celle qui doit être raa chérie
Vienne après moi, et t'arrache Aussi vite cette nuit. »
Il sifflait la marche de lord Leanox
Pour tenir son courage éveillé , Quoique ses cheveux commençassent à 80 c»n(ibrer.
Tant il était saisi de frayeur :
Quand voilà qu'il entend un cri ,
Et puis un gémissement et un grognement ; Il va regardant par-dessus son épaule,
Et, trébuchant, tombe
Tout de son long cette nuit.
Il poussa un horrible cri a Au meurtre 1 »
Dans un désespoir ef&oyable; Et jeunes et vieux sortirent en courant
Pour entendre le sombre récit :
Il jura que c'était Jeanne Mao-Craw, la boiteuse,
Ou la bossue Mersan Humphie, Quand , attendez I elle trotta au milieu d'eux tous ;
Et qui était-ce ? tout simplement la truie Qui était dehors cette nuit.
1. Il s'agit d*a11er seul dans ub9 grange faire trois fois le geste ^t ▼anner, et à la troisième fois (^apparition se montre sens un aspect ou avec une suite qui indiqua sa profession ou son rang éam le
monde {N. d. Iraft.)
Meg aurait bien voulu aller à la grange
Pour vanner trois vans de rien ; Mais, quant à rencontrer le diable seule,
Elle n'y a que peu de confiance :
Elle donne au berger quelques noisettes
Et deux pommes aux joues rouges Pour faire le guet, tandis qu'elle part pour la grange,
Dans l'espérance de voir Tarn Kipples Cette môme nuit.
Elle tourne la clef d'une main prudente
Et se hasarde sur le seuil ; Mais d'abord fait un appel à Sawnie,
Puis elle entre hardiment.:
Un rat fit du bruit en haut du mur,
Et elle cria : Que le Seigneur me préserve !
Et courut à travers le fumier et tout.
Et pria avec zèle et ferveur Très-vite cette nuit.
Ils poussèrent Will dehors avec de rudes exhortations ;
Ils lui promirent quelque charmante belle î Il advint que le tas, qu'il mesura trois fois de ses bras,
Etait entouré de bois pour le maintenir ; Il prit un vieux tronc noueux de chêne moussu
Pour une noire et affreuse vieille, Et il lâcha un jurement, et laflça up coup tel ,
Qu'il mit en pièces la peau
De ses poings cette nuit.
Leezie était une veuve folâtre
Aussi gaie qu'un jeune chat ; Mais, hélas 1 cette nuit, dans les bois,
Elle resta muette de frayeur 1 A travers les houx, et près du caim*,
Et sur la montagne elle ailait lentement Au ruisseau où aboutissent les domaines des trois lairds;
"Tremper dedans la manchç gauche de sa chemise* Etait son but cette xmX.
Timtùt sur uQe cascade le nii^ses^u ^e joqait
En serpentant au travers du vallon ; Tantôt il errait autour d'un rocher escarpé j
1. Sorte àt tum«lu9 de fonne conique, composé d^m anuts de pierre. — 2 Au retour, on se met au lit , mais placé de manière à voir le feu, où ,on a mis sa chemise à sécher. Vers minuit, une apparition , exactement semblable à la personne invoquée , viendra retourner la manche, comme ponr la faire sécher de l'autre côté, \N. d. irad.)
Tantôt il SI' creusait en tourbillon; Tantôt il brillait aux lueurs de la nuit
D'un éclat mouvant et sautillant; Tantôt il disparaissait derrière le coteau ,
Au bas du noisetier touffu, Invisible cette nuit.
Parmi les fougères, sur le penchant de la colline ,
Entre elle et la lune, Le diable, ou sinon une génisse errante.
Se leva et poussa un mugissement :
Le cœur de la pauvre Leezie faillit sauter hors de sa poitrine ,
Elle bondit presque aussi vite qu'une alouette. Mais un pied lui manqua, et dans la mare
Par-dessus les oreilles elle alla tout droit Faire un plongeon cette nuit.
En ordre, sur la pierre nettoyée de Pâtre,
Les trois écuelles sont rangées*, Et chaque fois grand soin est pris
De les voir dûment changées :
Le vieil oncle John, qui, depuis l'année de Mar',
Désirait les joies du mariage Parce qu'il a eu l'écuelle vide trois fois.
Les a jetées dans le feu
De colère cette nuit.
De chansons joyeuses et de causeries amicales
Je sais qu'ils ne se lassaient pas; Et récits merveilleux, et plaisants badinages,
Leurs passe-temps étaient gais et peu coûteux, Jusqu'au moment où les sowens au beurre ', dont la fumée em-
Mirent toutes les bouches en mouvement; [baume,}
Puis, après avoir- vidé ensemble un verre de liqueur,
Jls partirent en belle humeur
Et tout heureux cette nuit.
1. Une écuelle contient de l'eau propre , la seconde de Teaa sale , la troisième est vide. On bande les yeux de la personne qui veut consulter le sort ; si c'est dans Teau propre qu'elle trempe sa main gaudîe , c'est signe de mariage avec une vierge. Si c'est dans l'eau sale , elle épousera une veuve ; si c'est dans l'écuelle vide , elle ne se mariera point. L'épreuve se renouvelle trois fois , en déplaçant chaque fois les écuelles. — 2. 1715, l'année de la révolte en faveur des Stuarts, à la tête de laquelle était le comte de Mar. — 3. Sorte de bouillie faite de fécule de gruau, infusée , passée et aigrie. Les sowens, avec du beurre au lieu de lait, se servent toujours à souper, la veille de la Toussaint, (AT, d. trad.)