‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 37 sur 224 · A SA VIEILLE JUMENT MAGGIE · texte numérisé non relu

A SA VIEILLE JUMENT MAGGIE

€îi LUI DONNANT SA POIGNÉE DE GRAIN POUR ÉTRENNE.

Je te souhaite une bonne année, Maggie !

Tiens , voici une poignée pour ta vieille panse : Quoique maintenant tu aies le dos creux et noueux ,

J'ai vu le jour Que tu pouvais aller comme un cerf

Sur la prairie.

Quoique maintenant tu sois ridée, roide et cassée,

Et que ta vieille peau soit aussi blanche qu'une marguerite ,

Je t'ai vue pommelée, lisse et luisante

D'un joli gris :

Il aurait eu du nerf celui qui aurait osé t'irriter

Aux jours d'autrefois.

Tu étais jadis au premier rang ,

Fortement bAtie, ferme et de haute taille ;

Tu posais sur la terre une jambe aussi bien faite

Que pas une qui Tait jamais foulée ; Et tu savais voler par-dessus une mare

Comme un oiseau.

Il y a maintenant quelque vingt-neuf ans Que tu étais la jument de mon beau-père ; 11 te donna à moi, pour toute dot.

Avec cinquante marcs *; Quoique peu de chose, c'était de l'argent bien gagné.

Et tu étais vigoureuse.

La première fois que j'allai faire la cour à ma Jenny, Vous trottiez alors avec votre maman :

Quoique vous fussiez espiègle, rusée et joueuse,

Jamais vous n'étiez rétive; Mais simple, docile, paisible et douce.

Et tout avenante.

Ce jour-là vous caracoliez avez beaucoup de fierté Quand vous portiez au logis ma belle fiancée :

. l. Le marc vaut treize shillings et huit sous, (A", d. frad. )

70 POÉSIES DE BUHNS.

Et, ravissante et gracieuse, elle vous montait

D'un air virginal 1 J'aurais pu défier tout Kyle Stewart '

De montrer vos pareilles.

Quoique à présent vous ne puissiez plus que vous traîner et boiter, Et trébucher comme une barque de pécheur de saumons , Ce jour-là vous étiez une noble et alerte fille

Gomme pieds et comme haleine !

Et vous les fîtes courir jusqu'à ce qu'ils fussent tous chancelants

Loin, loin , derrière !

Quand toi et moi nous étions jeunes et fiers ,

Et que le repas de l'écurie se faisait attendre aux foires ,

Comme tu te cabrais, et hennissais, et criais,

Et en prenais la route 1 Les gens de la ville couraient, et se tenaient à l'écart ,

Et t'appelaient folle.

Quand tu étais repue et que j'étais ivre,

Nous nous mettions toujours en route oomiiie une hirondelle :

A Brooses tu n'avais pas ton pareil

Pour la moelle et la vitesse; Mais tu vous les battais tous à plat,

N'importe où tu allais.

Les petits chevaux de chasse à la croupe rompue

T'auraient peut-être dépasaée à une petite course ;

Mais pendant six milles d' Ecosse tu mettais leur ardeur à Vépreuve

Et tu les essoufflais :

Ni fouet ni éperon , mais simplement une baguette

De saule ou de noisetier.

Tu étais le plus noble animal

Qui ait jamais été attelé dans du cuir vert ou de la corde !

Souvent toi et moi, en huit heures de marche,

Par un bon temps de mars , Nous avons retourné une acre et demie, l^aut la main ,

Plusieurs jours de suite.

Jamais tu ne t'emportais , ni ne luttais, ni ne résistais au joug ;

Mais tu remuais ta vieille queue ,

Et tu élargissais ta poitrine bien remplie

Avec force et puissance.

Jusqu'à ce que des montagnes de roseaux gémissent arrachés

Et tombassent l'un sur l'autre.

Quand les gelées duraient long-temps , et que les neiges étaient Et qu'elles menaçaient d'arrêter le travail , [profondes/

Je t'emplissais ta mesure un peu

Au-dessus du bois ; Je savais que ma Maggie ne dormirait pas Pour cela plus qu'en été.

Au chariot ou à la charrette , tu n'étais jamais rétive ; J^a descente la plus escarpée , tu l'aurais affironfcée ; Jamais tu ne sautais , te cabrais , te jetais en avant ,

Puis t'arrêtais pour souffler ; Mais , quand tu avais un peu hâté le pas ,

Tu le ralentissais insensiblement.

To\it mon attelage se compose de tes enfants ,

Les quatre plus braves bétes qui aient jamais porté le joug ;

J'en ai vendu en outre six de plus ,

Que tu aà nourries.

J'ai tiré treize livres et deux shillings

De la pire d'entre elles.

Nous avons fait tous deux bieft des travaux pénibles Et nous avons lutté contre les tourments du monde ! Et , dans bien des jours d'anxiété , j'ai cru

Que nous serions battus 1 Pourtant nous voici arrivés à la vieillesse débile

Avec quelque chose encore.

Et ne pense pas , mon vieux et fidèle servitew, Que maintenant peut-être tu mérites d'avoir moins , Et que tu pourras souffrir ïa faim strr tes vietix jours ;

Car, sur mon dernier boisseau, Je mettrai un picotin tout combte

De côté pour toi.

Nous sommes parvenus ensemble à l'àgs des infirmités )

Nous irons tout branlants l'un avec l'autre ;

Avec un soin attentif je te transporterai avec te» entraves

Dans quelque sillon réservé Où tu puisse» noblement dilaitdr ton cuir

Avec peu de fatigue.

A UNE SOURIS DONT j'avaïs Détruit le mi) avec ma charrûÊ

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