‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 39 sur 224 · UNE NUIT D'HIVER · texte numérisé non relu

UNE NUIT D'HIVER

u Pauvres malheureux nua , oui que vous soyez

Qui êtes exposés aux fureurs de Timpitoyable tempête !

Comment vos têtes sans abri et vos flancs aiTamës ,

Votre dégnenillement plein de trous et de fenêtres vous défendront-ils

Contre dea saisons telles que celles-ci t n

Shakspeare.

Quant le mordant Borée, cruel et dur,

Sous son aigre souffle fait frissonner le bois sans feuilles ;

Quand Phébus jette un regard de courte durée

Loin au midi du ciel, S'obscurcissant sous les couches de pluie

Ou les tourbillons de neige ;

Une nuit fa tempête agitait les clochers ,

Le pauvre Travail reposait doucement dans les bras du Sommeil,

Tandis que les ruisseaux, engorgés d'amas de neige,

Détournaient leurs eaux vagabondes.

Ou, s' échappant par l'issue lentement creusée ,

S'y précipitaient tète baissée.

Scoutant battre les portes et les fenêtres,

Je pensais au bétail frissonnant

Et aux innocents moutons, qui sont en butte aux attaques

De l'Hiver ennemi ; Et, à travers la neige où ils enfoncent, s'efforcent d'atteindre

Le pied d'un rocher.

Vous tous, oiseaux sautillants, petits êtres sans défense, Que, dans les joyeux mois du printemps , Je prenais plaisir à entendre chanter.

Que devenez-vous?

Où abriterez-vous votre aile tremblante ?

Où fermerez-vous votre œil ?

Même vous qui, toujours occupés de projets meurtriers, Solitaires, errez loin do vos retraites farourhes , Mon cœur vous pardonne le juchoir taché de sang Et le parc de brebis ravagé ,

74 POÉSIES DE BCRNS.

Lorsque, impit03rable, la tempête déchatoée Vous frappe rudement.

En ce moment Phoebé , à Tapogée de son règne,

Bien enveloppée de noir, contemplait la plaine lugubre ;

Une foule de pensées mélancoliques continuaient

D'assiéger mon âme , Lorsqu'à mon oreille ce cbant plaintif

Arriva lent et solennel : —

« Soufflez , soufflez , 6 veats , de plus pesantes bouffées ! Et toi, gèle, 6 glace à l'âpre morsure !

Descendez , ô vous , neiges froides et suffocantes l Toute votre rage réunie comme à présent ne révèle pas Une méchanceté plus endurcie , pHis implactbie , U«e malignité vindicative plus enracinée Que celle que l'homme, cet illuminé du ciel, montre à l*homme son Voyez le poignet de fer de l'Oppression onielle, [frère.]

Ou la main sanglante de la furieuse Ambition Lâchant, comme des limiers hors de laisse.

Le Malheur, le Besoin et le Meurtre sur une terre ! Même dans le paisible vallon champêtre La Vérité fait, en pleurant, son lamentable récit. Comment le Luxe gros et gras, ayant à son côté la Flatterie, Ce parasite qui lui empoisonne l'oreille.

Et derrière lui un tas de misérables à l'âme servile » Examine sa fastueuse propriété , qui s'étend au lois , Et regarde le simple paysan, Dont le travail entretient la splendeur dont elle brille, Comme une créature d'une autre espèce, Une substance plus grossière, non raffinée, [de lui.]

Mise là pour son usage seigneurial , bien loin , bien bas au-dessous Où donc, où est la tendre , l'ardente angoisse 4e l'aiiioor Avec le front hautain de l'honneur seigneurial , Puissances que vous reconnaissez tièrement?

Ëst^e là , sous le noble nom de l'amour, Que peut loger, sombre, l'intention égoïste

De se rendre seul heureux l Qu'on lui montre l'innocence virginale en proie

Aux efldïùches d'un amour prétendu , Cet honneur tant vanté prend la fuite , Evitant l'influence naissante de la douce Pitié , Sans égard pour les larmes et les vaines prières !

Peut-être à cette heure, dans le nid de ta sale misère , Elle serre votre enfant contre son cœur dés^. Et avec un effroi de mère elle tremble aux secousses du vent ! .

vous qui , enfoncés dans des lits de duvet , N'éprouveî d'autres besoins que ceux que vous vous créez vous- Pettsez un moment à la destinée malheureuse [mêmes,]

De celui qui est renié de ses amis et de la fbrtutie 1

Après avoir mal apaisé les cris impérieux de la nature irritée,

II s'étend sur son lit de paille pour dormir. Tandis que, par le toit en lambeaux et le mur crevassé, Le froid chasse et amoncelle la neige sur son sommeil ! Pensez à l'affreuse contrainte du cachot , Où le crime et la pauvre infortune languissent 1 Le crime , homme sujet à l'erreur, vois-le d'un œil de pitié l Mais ta fureur légale poursuivra-trelle Le malheureux , déjà tout écrasé Des coups non mérités de la fortune cruelle ? Les fils de l'afiliction sont frères en détresse : Secourir un ftère, quelle jouissance exquise I »

Je n'en entendis pas davantage, car Chante-clair

Secoua la neige poudreuse Et salua le matin d'une acclamation —

Un chant éveille-chaumière.

Mais cette vérité se grava profondément dans mon esprit :

Entre tous ses ouvrages , Le cœur bienveillant et bon

Ressemble le plus à Dieu<

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