‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 40 sur 224 · ÉPITRE A DAVIE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A DAVIE

CONPRfcRB POÈTE

(DAVID 8ILLAR, MAITRB D'icOLÊ fit BARDE).

Janvier 1784.

Tandis que les vents soufflent de Ben-Lomond ,

Et encombrent les portes de la neige qu'ils chaissent ,

Et nous suspendent au-dessus du feu , Je me mets , pour passer le temps , A tourner un ou deux couplets

En grossier jargon d'Occident.

Tandis que les vents glacés poussent les tourbillons dans la cham-

Jusqu'au coin du feu, [bre]

Je murmure un peu du sort des grands ,

Qui vivent si riches et si à leur aise :

Je me sourie moins et j'ai moins besoin

De leur foyer spacieux ; Mais l'envie me gagne et j'enrage A voir leur orgueil maudit.

Il n*e8t guère au pouvoir de personne

De s'empêcher, de temps à autre, d'avoir de l'aigreur

En voyant comment les parts sont faites ; Gomment les plus dignes gens sont parfois dans le besoin , Tandis que des sots dissipent des mille et des mille ,

Et ne savent que faire pour en voir la fin ; Mais, Davie , mon garçon , ne te mets pas martel en tète ;

Quoique notre avoir soit petit , Nous serons en état de gagner notre pain quotidien Tant que nous aurons force et santé :

c N'en demande pas plus et ne crains rien^ ; »

Ne songe pas à la vieillesse ,

Notre dernière chance , et la pire ,

Après tout) c'est de mendier.

Coucher le soir dans les fours et les granges , Quand les os sont brisés et le sang appauvri ,

C'est, sans doute, un grand malheur I [reux;]

Pourtant alors la satisfaction de l'âme pourrait nous rendre heu- Même alors parfois nous pourrions goûter quelques instants

De vraie félicité.

Le cœur honnête qui est exempt de toute

Intention de fraude ou de crime , De quelque manière que la Fortune lance du pied la balle , A toujours quelque motif de. sourire :

Et ne perdez pas ceci de vue , et vous trouverei

Que ce n'est pas une petite consolation ; Nous n'aurons donc plus de souci , Nous ne pouvons pas tomber plus bas.

Qu'importe que, comme les roturiers des airs, Nous errions sans savoir où ,

N'ayant ni maison ni abri ?

Les charmes de la nature, les montagnes et les bois , Les immenses vallées et les flots écumants ,

Sont également ouverts à tous.

Les jours où les marguerites ornent la terre

Et où les merles sifflent clair,

1 , Ramsay

Nos cœurs bondiront d'une joie honnête En voyant venir Vannée :

Alors, au penchant des collines , quand nous voudrons

Nous nous asseoirons et fredonnerons un air ; Puis nous rimerons dessus, nous scanderons dessus, Et nous le chanterons quand nous aurons fini.

Ce ne sont pas les titres ni le rang ,

Ce ne sont pas les richesses de la Banque de Londres

Qui achètent la paix et le repos ; Ce n'est pas d'ajouter encore à beaucoup , Ce ne sont pas les livres ni la science Qui nous rendent vraiment heureux ; Si le bonheur n'a pas son siège

Et son centre dans notre 'sein, Nous pouvons être savants , ou riches , ou puissants , Mais jamais nous ne pouvons être contents :

Ni trésors ni plaisirs

Ne pourraient nous rendre heureux long-temps ; C'est toujours par le cœur Que nous sommes bien ou mal.

Pensez-vous que des gens tels que vous et moi , Qui peinons et haletons , par l'humide et le sec ,

A travailler sans relâche; Pensez-vous que nous soyons moins heureux que ceux Qui ne font point attention à nous lorsqu'ils passent ,

Ne jugeant pas que nous en valions la peine?

Hélas ! combien souvent , dans leur humeur hautaine ,

Ils oppriment les créatures de Dieu 1 Ou bien, négligeant tout ce qu'il y a de bon, Ils se plongent dans les excès !

Sans souci ni crainte Du ciel ou de l'enfer !

« Estimant et croyant

Que ce n'est qu'un conte frivole !

Résignons-nous donc gaiement ^

Et ne diminuons pas nos rares plaisirs

En nous chagrinant de notre état ; Et, quand même il arriverait des malheurs, Moi qui suis ici , j'en ai rencontré quelques-uns ,

Et je leur suis reconnaissant.

Us donnent à la jeunesse Vesprit da vieil âge ;

Ils nous apprennent à nous connaître ; Us nous font voir la vérité toute nue, Le bien et le mal réels.

Quoique les pertes et les traverse^ Soient des leçons bien sévères , Vous y puiserez un esprit Que vous ne trouverez pas ailleurs.

Mais écoutez-moi bien, Davie, roi des ecetir» (Dire rien de moins ferait tort aux cartes,

Et je déteste la flatterie) !

Cette vie a des joies pour vous et pour mot ; Des joies que les richesses ne sauraient adietcr,

De toutes les joies les meilleures.

Elle a les plaisirs du coeur,

L'amour et Tamitié; Vous ayez votre Meg , votre part chérie , Et moi j'ai ma bien-aîmée Jeannie 1 Gela m'anime , cela me charme

Rien que de prononcer son twm :

Gela m'échauffe, cela m'allume > Et me met tout en flamme I

vous toutes , puissances qui gouvernât UcbflMi î Toi, qui es l'amoar raémet

Tu sais me» paroles sincères I Le sang vital qui coule an travers de mon ccrar^ Ou ma partie immortelle qui m'est plus (^re encore.

Ne m'est pas plus tendrement cher \ Quand le chagrin et le souci qui ronge le cœur

Privent mon âme de repos , Sa chère pensée verse soulagement Et consolation dans mon sein.

toi , Etre qui vois tout ,

Entends ma fervente prière l Prends-la sous ta garde , et fais-en toujours L'objet favori de tes soins 1

Salut à vous, tendres senti mftnts qui m'êtes ehers I Sourire de l'amour, larme de l'amitié,

Ardeur sympathique i Il y a long-temps que les sentiers épineuTi de ce monde

POÉSIES DE BURNS. 7f

Auraient vu la 6n de mes jourfi latigués ,

Si ce n'eût été pour vous !

Le sort m'a toujours fait don d'un ami Dans tous mes soucis et mes maux ; Et souvent même d'un lieu plus attachant , D'un nœud plus tendre encore.

Gela éclaire, cela illumine

La scène ténébreuse.

De rencontrer et d'aborder Mon Davie ou ma Jeannie 1

Xî.

Oh 1 comme ce nom inspire mon style I Les mots arrivent lestement, à la file,

Presque avant que je le sache !

La mesure facile court aussi belle Que si Phc^us et les fameutes neufs Scwrs

Veillaient sur ma plume.

Mon Pégase, malgré ses éparvins, ira clopin«clopant

Jusqu'à ce qu'il soit bien échauffé :

Et alors il boitera, clochera, et sautera, Et courra d'un pied merveilleux ; Mais de peur qu'alors la béte

Ne se repente de cette course précipitée, Je descendrai maintenant et essuierai Sa peau suante et flétrie.

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