ODE
Accablé de chagrin , accablé de souci ,
Sous une charge plus lourde que je ne la puis porter»
Je m'assieds à terre et soupire :
vie , tu es un fardeau écorchant , Sur une route raboteuse et harassante ,
Pour les misérables tels que moi !
Quand je jette ma vue en arrière ,
Quelles scènes attristantes m'apparaissent !
Que de chagrins encore peuvent me percer le cœur,
Et que de raisons de les craindre !
Toujours les soucis , le désespoir,
Tel doit être mon sort amer ; Mes plaies ici ne se fermeront Que quand ee fermera ma tombe.
Heureux, 6 vous, enfants de la vie active, Qui, Ihits pour cette lutte d'intrigues,
Ne regardez point ailleurs I Même lorsque vous manquez l'objet désiré , Rien que les soins empressés que vous pi-enez
Portent avec eux leur récompense :
Tandis que moi, pauvre être abandonné de l'espérance.
Incapable d'un but , Je vois revenir chaque lugubre nuit
Et chaque triste matin toujours les mêmes ;
Vous, en vous remuant et en vous poussant,
Vous oubliez chagrins et peines ;
Moi , indifférent, et pourtant sans repos,
Je trouve toute perspective vaine.
Heureux le lot du solitaire ,
Qui , oubliant tout et de tous oublié ,
Dans son humble cellule , Caverne sauvage formée de racines entrelacées , S'assied devant ses fruits nouvellement cueillis,
Près de sa source de cristal 1 Ou peut-être à sa pensée du soir,
Au bord dun ruisseau solitaire,
POESIES m BURINS. da
Les actes des hommes arrivent de loin Gomme un songe conilis , Tandis qu'il prie et élève Ses pensées jusqu'au ciel , Et qu'errant çà et là au hasard 11 contemple la voûte solennelle.
Il n'est pas d'ermite solitaire , placé
Là où jamais le pas humain n'a laissé de trace»
Qui soit moins propre que moi à joUer ce rôle : Profiter du moment favorable , Et juste s'arrêter, et juste se mettre en mouvemeirt-
Avec un art égoïste ; Mais , hélas 1 ces plaisirs, ces amours ^ ces Joies
Que je savoure trop vivement, Le solitaire peut les mépriser, Peut ne les point avoir, et pourtant être heureux !
Il n'a ni besoin ni souci De l'amour ou de la haine des humains , Tandis que moi , ici , il faut que je crie
Contre ia perfidie ingrate!
Ohl qu'ils sont dignes d'envie, les premiers jours
Où je suivais en dansant le labyrinthe du plaisir insouciant,
Étranger au souci et au mal I Quel dommage de les avoir échanges contre un âge plus mûr, • Pour sentir les folies ou les crimes
Des autres , ou les miens propres I O vous , petits lutins qui jouée inoooemment ,
Gomme linots dans le buisson , Vous savez peu les malheurs que vous brigtiez ,
Quand vous désirez d'être hommes 1
Les pertes , les traverses
Qui assaillent l'homme actif !
To«rtes les craintes , toutes les larmes
Du sombre déclin de l'âge î