‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 46 sur 224 · TII · texte numérisé non relu

TII

Mais , chut ! on frappe doucement à la porte ;

Jenny, qui sait ce que pareil coup veut dire, Raconte comme quoi un jeune garçon voisin a traversé la bruyère,

Pour faire des commissions, et l'escorter jusqu'au bgis. La mère rusée voit la conscience allumer une flamme

Dans l'œil de Jenny et rougir sa joue ; Le coeur pénétré de sollicitude inquiète , elle s'informe du nom ,

Tandisque JennyestàdemiefTrayéedeparler; [siyet, un libertin.] La mère est bien contente d'apprendre que ce n'est point un manivais

Vin.

Avec une obligeante bienvenue , Jenny l'introduit.

Un grand et beau garçon ; il donne dans l'œil à la mère ; Jenny voit avec bonheur que la visite n'est pas mal prise;

Le père cause chevaux , charrues et vaches.

Le cœur candide du jeune homme déborde de joie ,

Mais, embarrassé et honteux, il a peine à faire bonne contenance. La mère , avec une ruse de femme , sait découvrir

Ce qui rend le garçon si timide et si sérieux ; Bien contente de penser que sa fille est respectée comme une autre»

heureux amour ! quand un tel amour se trouve î

ravissements du cœur 1 — bonhe\jr sans égal î J'ai fait bien du chemin sur ce pénible globe mortel ,

Et une sage expérience m'ordonne de déclarer ceci ««^ « Si le ciel tious garde une coupe de plaisir céleste >

tJtt cordial dans cette triste vallée j C*est quand un couple jeutie , amoureuîc et modeste j

Les bras entrelacés exhale son tendre secret , Sous la blanche aubépine qui parfume la brise du soir; »

Estait sous forme humaine et portant uti ocwir —

Un misérable ! un scélérat t mort à Tamour et à la vérité 1 Qui puisse ; avec un art étudié , periide et insidieux,

Trahir la confiante jeunesse de la charmante Jenny 1 Malédiction sur ses parjures artificieux ! surses flatteries menteuses!

L'honneur, la vertu, la conscience, sont-ils tout exilés? N'est-il ni pitié, ni tendre commisération

Qui lui montre les parents idolâtres de leur enfant ? Puis lui peigne la fille perdue, et l'égarement de leur désespoir?

Mais voici le souper qui couronne leur simple table ,

Le salubre parritch ^, la princijlale nourriture de l' Ecosse « La soupe que fournit leur seule vache

Qui, derrière la cloison, rumine commodément. La maîtresse apporte , dans une intention civile ,

En faveur du jeune homme , son fromage conservé avec soin, et Et elle lui en offire souvent, et souvent il le déclare bon . [piquant, ]

La bonne ménagère, qui aime à jaser, raconte [clochette.] Gomme quoi il était vieux de douze mois quand le lin était dans la

Le joyeux souper fini, d'un air sérieux

Us forment un grand cercle autour du foyer ; Le père feuilleté avec la grâce d'un patriarche

La grosse Bible de famille , jadis l'orgueil de son père ; Sa toque , respectueusement mise à l'écart.

Montre ses tempes grises qui se dégarnissent et se dépouillent ; Ces chants qui jadis se répandaient si doux dans Sion ,

Il en choisit une partie avec un soin judicieux , Et « Adorons Dieu l » dit-il d'un air solennel.

Ils chantent leurs notes sans art d'une manière simple ;

Us accordent leurs cœurs , but bien autrement noble. Peut-être les mélodies agrestes de Dundee se font entendre ,

Ou les Martyrs plaintifs , dignes de ce nom ; Ou le noble Elgin attise la flamme qui monte au ciel ,

Le plus doux , et de beaucoup , des chants sacrés de l'Ecosse. Comparés à ceux-là , les fredons italiens sOnt sans âme ;

L'oreille chatouillée n'éveille au cœur aucun transport. Ils ne sont pas à l'unisson de la louange de notre Créateur.

1, Pudding de gruau, [N. d, trad,)

88 foësiës pe burns.

Le père, semblable à un prêtre , lit la sainte page,

Comment Abraham était Tami de Pieu^ qui est là-baut , Ou comment Moïse orclonna de faire une guerre étemelle

À la race perverse d'Amalec ; Ou comment le barde royal tomba en gémissant

Sous le coup de l'ire vengeresse du ciel ; Ou la plainte pathétique de Job, et son cri lamentable;

Ou Tardent feu séraphique d'Isale enlevé ; Ou les autres saints voyants qui touchaient la lyre sacrée,

Peut-être le volume chrétien sert de thème ,

Gomment le sang innocent fut versé pour l'homme coupable ; Comment celui qui portait dans le ciel le second nom

N'eut pas sur la terre de quoi reposer sa tête : Comment ses premiers sectateurs et serviteurs prospérèrent,

Les sages préceptes qu'ils écrivirent pour maint pays ; Comment celui qui solitaire était banni dans Pathmos

Vit un ange puissant debout dans le soleil , [ciel.]

Et entendit l'arrêt de la grande Babylone prononcé par l'ordre du

Puis f s'agenouillant devant I'éternel roi du ciel ,

Le saint, le père et le mari prie :

« L'Espoir s'élance ravi sur une aile triomphante * »

A l'idée de se retrouver tous ainsi aux jours à venir ; Pe se baigner à jamais dans des rayons incréés ;

Pe ne plus soupirer ni verser de larme amère , Chantant ensemble des hymnes à la louange de leur créateur,

En pareille société , mais encore plus chère , Tandis que le Temps décrira un cercle dans une sphère étemelle.

Comparé à ceci , combien pauvre est l'orgueil de la religion

Pans toute la pompe de la méthode et de l'art , Quand les hommes déploient dans de vastes assemblées

Toutes les grâces de la dévotion , excepté le cœur î La Puissance suprême , irritée , désertera le spectacle ,

Le chant pompeux , l'étole sacerdotale ; Mais peut-être , bien loin dans quelque chaumière à part ,

Elle pourra entendre avec plaisir le langage de l'âme , Et en inscrire les pauvres habitants dans son livre de vie.

]. Pope. Forêt de Windsor. {N. d. Vaut.)

Alors chacun s'en retourne chez soi ;

Les petits paysans vont se reposer ; Les deux époux rendent leur secret hommage ,

Et adressent au ciel la fervente prière Que Celui qui apaise le nid bruyant du corbeau,

Et pare le beau lis d'un éclat fastueux , Yeuille , de la manière que sa sagesse juge la meilleure ,

Pourvoir à leur existence et à celle de leurs petits enfants , Mais surtoiit régner sur leurs cœurs par la grâce divine.

La grandeur de la vieille Ecosse prend sa source dans des scènes com-

Qui la font aimer au dedans et respecter au dehors : [me celles-ci,] Les princes et les lords ne sont que l'émanation des rois,

« Un honnête homme est l'œuvre la plus noble de Dieu ; » Et certes , sur la route céleste de la belle vertu ,

La chaumière laisse le palais bien loin derrière. Qu'est-ce que la pompe d'un chétif lord? un fardeau incommode,

Déguisant souvent la bassesse de l'espèce humaine , Versée dans les arts de l'enfer, et raffinée en perversité.

O Ecosse I mon cher sol natal ,

Pour qui mon vœu le plus fervent est adressé au ciel 1 Puissent long-temps tes robustes enfants, adonnés aux travaux rus-

Jouir de la santé, de la paix et du doux contentement ! [tiques,] Puisse le ciel préserver leur simple vie

De la contagion du luxe , faible et vil I Alors , quoique les couronnes et les fleurons soient brisés ,

Une vertueuse populace peut s'élever cependant , Et dresser un mur de feu autour de son lie bien-aimée.

toi , qui versas le torrent patriotique

Qui coulait dans le cœur indompté de Wallace , Lequel osa noblement tenir tête à l'orgueil tyrannique ,

Ou noblement mourir, second rôle glorieux (Tu es particulièrement le dieu du patriote.

Son ami, son inspirateur, son tuteur et sa récompense t ), Ohl jamais, jamais n'abandonnc'le royaume d'Ecosse ;

Mais que toujours les patriotes ou les bardes patriotes Se succèdent avec éclat pour son ornement et sa défense I

90 POÉSIES DE BUHNS.

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