‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 47 sur 224 · L'HOMME EST NÉ POUR GÉMIR · texte numérisé non relu

L'HOMME EST NÉ POUR GÉMIR

Quand le sombre souffle du froid Novembre

Dépouillait les champs et les forêts , Un soir, comme j'errais

Le long des bords de l'Ayr, Je vis un homme dont le pied vieilli

Semblait fatigué , usé par les soucis ; Sa face était toute sillonnée par les années,

Et tcê cheveux étaient blancs.

Jeune étranger, où vas-tu

( Me dit le vénérable sage } ?

Bst-cd la soif de la richesse qui pousse tes pat ,

Ou la rage des plaisirs du jeune âge ?

Ou peutr*étre , accablé de soucis et de chagrina ,

Tu as commencé trop tôt A errer avec moi pour gémir

Sur les misères de l'homhie t

Ce soleil suspendu sur lôs bruyères là-bas ,

Qui répand ses rayons partout Où des centaines de bras travaillent à ehtretetiir

L'orguôil de quelque lord hautain ; J'ai vu ce faible soleil

Revenir deux fois quarante hivers , Et chaque fois m'a apporté de nouvelles preuves

Que l'homme est né pour gêfflir.

Homme , dans tes jeunes années ,

Gomme tu es prodigue du temps 1 Gaspillant toutes tes heures précieuses ,

Ta brillante fleur de jeunesse l Les folies régnent tour à tour sur toi ;

Les passions licencieuses te brûlent ; Ce qui donne une force décuple à cette loi de nature ,

Que l'homme est né pour gémir.

POÉSIES DE BUANS. 91

Ne considère pas seulement la fleur de l'ége

Ou la puissance active de la virilité ; L'homme alors est utile à son espèce ,

Son droit trouve un appui ; Mais vois-le aux limites de la vie ,

Usé par les soucis et les chagrins ^ Alors la vieillesse et le besoin , -^ oh I couple mal fissorii t -«

Montrent que Thomme est né povr gémir.

Quelques-uns semblent les favoris du Dôstiii ,

Choyés dans les bras du Plaisir ; Pourtant ne pensez pas que tous les riches et les grands

Soient également vraiment heureux.

Mais , hélas 1 quelle foule d'hommes aur chaque terre

Sont misérables et délaissés ; Dans la pénible vie apprenez cette leçon ,

Que l'homme est né pour gémir.

Vlî.

Nombreux et aigus sont les maux

Tissus dans notre trame l Nous rendons nous-mêmes plus acérés encore

Le regret , le remords et la honte !

Et l'homme , dont le visage élevé vers le ciel

S'embellit des sourires de l'amour, L'homme, par son inhumanité envers l'homme ,

Condamne des myriades Innombrables à gémir.

Vin.

Vois là-bas ce pauvre être exténué de fatigue ,

Si abject , si infime et si bas , Qui demande à un autfe fils de k terre

De lui donner Ift permission de travailler ; Et vois le ver hautain , son frère ,

Rejeter l'humble supplique , Inattentif , quoique une épouse en larmes

Et des enfants sans ressources soient à géniir.

Si je suis destiné à être l'esclave de ce lord , — -

Destiné par la l6i dé la Nature , «^ Pourquoi un vœu d'indépendance

A-t-il toujours été enraciné dans mon ccear?

n POÉSIES DE BCRNS.

Si je ne le suis pas , pourquoi me vois-je en butte

A sa cruauté et à son dédain ?

Ou pourquoi l'homme a>t-il la volonté et le pouvoir

De faire gémir son semblable ?

Pourtant que ceci , mon fils ,

Ne trouble pas par trop ton jeune sein :

Cette vue partielle de l'espèce humaine

N'est sûrement pas la dernière l L'honnête homme, pauvre et opprimé ,

Ne serait certainement jamais né , S'il n'y avait pas eu quelque récompense

Pour consoler ceux qui gémissent l

mort 1 la plus chère amie de l'homme pauvre !

La plus tendre et la meilleure !

Bienvenue sera l'heure où mes membres vieillis

S'étendront avec toi dans le repos 1 Les grands , les riches craignent tes coups y

Qui les arrachent à la pompe et au plaisir; Mais, ohl quel bienheureux soulagement pour ceux

Qui j excédés de dégoûts , gémissent !

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