‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 59 sur 224 · A EDIMBOURG · texte numérisé non relu

A EDIMBOURG

Edina l résidence favorite de l'Ecosse I

Salut à tes palais et à tes tours »

Où jadis aux pieds d'un monarque

Siégeaient les souverains pouvoirs de la législation î Après avoir contemplé les fleurs semées en désordre

Sur les bords de l'Ayr où j'errais, Et avoir passé à chanter, seul, les heures traînantes,

Je m'abrite sous ton ombre honorée.

Ici la Richesse enfle toujours ses flots d'or,

Tandis que le Commerce affairé travaille avec ardeur ; Là le noble orgueil de l'Architecture

Fait lever l'Elégance et la Splendeur ; Ici la Justice, venue des cieux sa patrie,

Tient haut sa balance et sa verge ; Là l'Etude , de ses yeux d'aigle ,

Cherche la Science dans sa modeste demeure.

Tes fils, Edina, sociables, bienveillants.

Accueillent l'étranger à bras ouverts ; Leurs vues élargies, leur esprit libéral,

Sont au-dessus de l'étroite vallée champêtre ; Toujours attentifs aux lamentations de la douleur

Ou aux droits silencieux du mérite modeste ; Puissent jamais leurs sources ne tarir.

Ni jamais l'envie tacher leur nom î

Tes brillantes filles ornent tes promenades , Gaies comme le ciel doré de l'été ,

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Charmantes comme la blanche aubépine sous la rosée ,

Chères comme un vif transport de joie 1 La belle Burnet frappe l'œil amoureux »

Les beautés du ciel brillent à mon imagination ; Je vois le dieu d'amour en haut,

Et reconnais que son œuvre est vraiment divine.

Là, épiant de haut les moindres alarmes,

Ta rude et farouche Ibrteresse luit au loin, Semblable à quelque hardi vétéran blanchi sous les armes,

Et couturé de maintes cicatrices :

Ses fortes murailles et ses barreaux massifs

Qui s'élèvent, effrayants, au-dessus du roc raboteux, Ont souvent soutenu l'attaque de la guerre,

Et souvent repoussé le choc des assaillants.

Avec une crainte religieuse et des larmes de compassion,

Je contemple ce noble et imposant dôme Où les rois d'Ecosse d'autrefois,

Héros fameux, avaient leur royale demeure :

Hélas 1 quel changement dans l'avenir l . Leur nom royal git dans la poussière l Leur race infortunée erre dispersée 1

Et pourtant la loi rigide .crie : C'est juste 1

Le cœur me bat avec violence de suivre vos pas ,

Vous dont les ancêtres , au temps jadis , A travers les rangs ennemis et les brèches ouvertes ,

Portaient le lion sanglant de la vieille Ecosse : Moi-même qui chante avec une science rustique,

Peut-ôtre mes aïeux ont quitté leur demeure Et affronté le plus violent rugissement de l'affreux danger^

Marchant hardiment où vos pères les menaient I

Edina î résidence favorite de l'Ecosse I

Salut à tes palais et à tes tours, Où jadis aux pieds d'un monarque

Siégeaient les souverains pouvoirs de la législation l Après avoir contemplé leâ fleurs semées en désordre

Sur les bords de l' Ayr où j'errais , Et avoir passé à chanter, seul, les heures traînantes,

Je m'abrite sous ton ombre honorée»

ÉFITRE A J. LAPRAIK,

VIEUX BARDE ECOSSAIS, ^'r AVRIL 4785.

Au moment où les églantiers et les chèvrefeuilles poussant des bour- Et les perdrix jetant de grands cris le soir, fgeons verts, ]

Et les lièvres qu'on voit courir le matin,

Inspirent ma muse , Excusez, je vous prie, cette liberté

Dans un ami inconnu.

Le mardi gras nous eûmes une soirée

Pour faire la causette et pour tisser nos bas ;

Et il y eut force gaieté et plaisanterie ,

Vous n'en pouvez douter; A la fin nous eûmes une joyeuse partie

De chants à la ronde.

Il y avait une chanson, entre autres, Elle me plaisait plus que tout le reste , Que quelque bon mari avait adressée

A sa chère femme :

Elle faisait vibrer dans le sein toutes les fibres du cœur

Jusqu'au fin fond.

Je n'ai jamais guère entendu si bien décrire Ce que sentent les âmes mâles et généreuses ; Je pensai : « Serait-ce l'ouvrage de Pope ,

De Steele ou de Beattie ? »

On me dit que c'était d'un brave et singulier garçon ,

Auprès de Muirkirk.

Cela me donna grande envie d'en savoir plus :

Je pris donc là des informations sur lui ,

Et tous ceux qui le connaissaient déclarèrent à la ronde

Qu'il avait un génie Que nul ne surpassait, dont peu approchaient,

Tant il était beau ;

Que , mettez-le devant une pinte d'alo ,

A un récit grave ou joyeux ,

Ou à des vers et des chansons qu'il a faits lui-même.

Ou à de spirituels refrains :

Entre Inverness et, Tiviotdale,

11 avait peu de rivaux.

Il) POÉSIES DE BURNS.

Alors je me lovai , et fis le serment

<)iie , quand je devrais mettre en gage ma charrue et mes outils,

Ou mourir de la mort -d'un petit cheval de charrette.

Derrière quelque mur, Je donnerais pinte et roquille

Pour vous entendre causer.

Mais d'abord, et avant tout, je devrais dire Que presque aussitôt que je pus lire , Je me mis à rimailler des vers ,

Rudes, il est vrai , et grossiers ; Mais, quand on fredonne pour soi seul ,

C'est assez bien.

Je ne suis pas poète , en un sens ,

Mais simplement une sorte de rimeur, par hasard ,

Et je n'ai aucune prétention au savoir ;

Mais qu'importe?

Toutes les fois que ma muse jette un coup d'œil sur moi ,

Je résonne aussitôt.

Vos critiques peuvent friser leur narine ,

Et dire : « Comment pouvez-vous vous proposer,

Vous qui savez à peine distinguer les vers de la prose.

De faire une chanson ? »

Mais , avec votre permission , mes savants ennemis ,

Vous pouvez bien avoir tort.

Qu'est-ce que tout le jargon de vos écoles , Vos noms latins pour cuillers et escabeaux ?

Si l'honnête Nature vous a faits sots ,

A quoi sen'ent vos grammaires ?

Vous auriez mieux fait de prendre des pioches et des pelles ,

Ou des marteaux à casser les pierres.

Un tas de nigauds lourds et suffisants

S'embrouillent la cervelle dans les classes des collèges 1

Ils y entrent IxBufs et en sortent ânes,

A parler franchement ; Et puis ils songent à gravir le Parnasse

Par la vertu du grec.

Donnez-moi une étincelle du feu de la Nature 1

C'est toute l'érudition que je désire ;

Alors, quoique je m'éreinte par la boue et la crotte

A la charrue ou à la charrette.

Ma muse , bien que grossière dans son accoutrement ,

Pont toucher lo cœur.

Oh ! une lueur de la gaieté d' Allan , Ou de Fergusson, si hardi et si fin , Ou du brillant Lapraik, mon ami futur,

Si je puis l'obtenir !

Ce serait assez de science pour moi

Si j'y pouvais parvenir !

Maintenant , monsieur, si vous avez assez d'amis ( Quoique les vrais amis, je crois, soient rares , Néanmoins , si votre catalogue est plein ,

Je n'insisterai pas) ; Mais si vous avez besoin d'un ami sincère —

Je suis sur votre liste.

Je ne veux pas me vanter ;

J'aime aussi peu à dire mes défauts ;

Mais mes amis et les personnes qui me veulent du bien

Me louent quelquefois ; Quoique je doive avouer que beaucoup d'autres

Ne disent pas moins de mal de moi.

Il est un petit défaut qu'ils m'imputent parfois, J'aime les filles — Dieu me pardonne !

Car elles me soutirent bien des sous

A la danse ou à la foire ; Peut-être me donnent-elles quelque autre chose

Dont elles peuvent disposer.

Mais aux courses de Mauchline, ou à la foire de Mauchline,

Je serais fier de vous rencontrer ;

Nous donnerons pour un soir congé au souci

Si nous nous réunissons , Et nous ferons un échange de rimaillerie

L'un avec l'autre.

Le gaillard qui tient une pinte, nous le ferons babiller, Et nous le baptiserons avec de l'eau fumante ; Puis nous nous asseoirons et boirons un bon coup

Pour nous égayer le cœur ; Et, ma foi, nous aurons fait plus ample connaissance

Avant de nous séparer.

Arrière, 6 vous, race égoïste et cupide,

Qui pensez que le savoir-vivre , le bon sens et la grâce ,

Méçne l'amour et l'amitié , doivent céder la place

Au désir de gagner de l'argent l Je n'aime pas à voir votre face

Ni à entendre votre conversation.

Mais vous que charme le plaisir de la société , Dont une chaude bienveillance inonde le cœur, Qui conformez votre existence à cette règle :

« Aidez-vous les uns les autres , »

Venez à mon bowl, venez dans mes bras,

Mes amis , mes frères 1

Mais, pour teripiner cette longue épttre, Attendu que ma plume est usée jusqu'au trognon, Deux lignes de vous me feraient p-ter,

Moi qui suis le plus fervent, Tant que je pourrai chanter ou siffler,

De vos amis et serviteurs.

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