‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 60 sur 224 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

Tandis que les vaches qui viennent de voler mugissent au poteau, Et que les poneys fument à la charrue ou à la herse. Je prends cette heure à l'entrée de la soirée

Pour me reconnaître le débiteur Du vieux Lapraik , au cœur honnête ,

Pour son aimable lettre.

Cruellement harassé , les jambes lasses , A répandre le blé dftns les sillons Ou à distribuer à chacun des chevaux

Sa ration de dix heures, Ma muse maladroite réclame, et me supplié

De ne point écrire.

Négligente et fatiguée, la coquine

Est molle pour le moins et tant soit peu paresseuse ;

Elle dit : « Vous savez, nous avons été si occupés,

Tout ce mois et plus, Qu'en vérité ma tôle est devenue en proie à des vertiges

Et assez malade. »

Ses mauvaises excuses me mettent hors de moi î « N'avez-vous pas honte, » dis-je, « rosse fainéante? J'écrirai, et cela topt une grande feuille,

Cette nuit même ; Ainsi ne déshonorez pas votre métier,

Mais rimez bien.

» Le hardi Lapraik , ce roi des cœurs ,

Quand le genre humain serait un jeu de cartes,

Vous vantera pour votre mérite

En termes si affectueux , Et vous, vous négligerez de montrer vos talents,

Et de le remercier tendrement 1 »

Je pris donc à Tinstant du papier,

Et mon trognon de plume s'enfonça dans l'encre ;

Je me dis : « Avant que je ferme l'œil ,

Je jure que je le remplirai ; Et, si vous ne voulez pas me le mettre en cadence,

Par Jupiter, je le mettrai en prose ! »

Je me suis donc mis à écrivailler, mais si

C'est en rime ou prose, ou tous deux ensemble,

Ou quelque salmigondis qui n'est vraiment ni l'un ni l'autre ,

Que le temps le prouve ; Mais je griffonnerai quelque niaiserie

Tout juste comme cela me viendra.

Mon digne ami, ne murmurez pas et ne critiquez pas. Quoique la Fortune vous traite avec dureté et rigueur ; Allons, animez votre harpe des bruyères

Par un attouchement joyeux 1 Ne vous inquiétez pas coqnment la Fortune vogue et tourne ;

Ce n'est qu'une chienne.

Elle m'a porté bien des coups et des blessures.

Depuis que j'ai pu enfourcher un sillon ;

Mais , par le Seigneur l quand je devrais mendier,

La tête grise. Je rirai, et chanterai, et remuerai la jambe

Aussi long-temps que je pourrai 1 #

Voici venir mon vingt-sixième été, Que j'ai vu le bourgeon sur l'arbre.

Toujours persécuté par les filles

D'année en année ; Mais pourtant, en dépit des émoustillaptes commères,

Moi, Rob, je suis ici.

Enviez-vous aux gens de la cjté

D'être étalés derrière un bureau et de mentir,

Ou fiers de leur bourse, enflés de cent pour cent,

Et avec un gros ventre.

Dans quelque petit bourg, de représenter

Un nom de bailli * ?

1. Les corporations écossaises se composent d'un prévôt et de cinq baillis. (N. d. irad.)

t4« POÉSIES DE BURMS.

Ou bien est-ce le hautain thane féodal

Avec sa chemise à manchettes et sa canne étincelante,

Qui ne se croit pas sorti de la côte d'Adam,

Mais marche fièrement , Tandis que les toques et les bonnets sont ôtés

Lorsqu'il passe?

O Toi , de qui vient tout ce qui nous est donné de bon ! Donne-moi une dose d'esprit et de bon sens , Puis chasse-moi, s'il te plaît, à l'aventure,

Au travers de l'Ecosse; Je ne changerai pas avec bourgeois ou lairds ,

Dans tout leur orgueil 1

Si la charte de notre état était :

« Sous peine de l'enfer, sois riche et puissant , »

Alors la damnation serait notre destinée

Sans remède ; Mais , grâce au ciel , ce n*est pas de la sorte

Que nous apprenons notre Credo.

Car telle était la teneur du royal mandat Quand commença la race humaine :

«L'homme sociable, affectueux, honnête,

Quel qu'il soit, C'est celui qui se conforme au vaste plan de la Nature,

Et nul autre que lui ! »

mandat glorieux et divin 1

Les sectateurs des neuf déguenillées ,

Pauwes diables insouciants , peuvent pourtant briller

D'un éclat glorieux , Tandis que les sordides fils de la race de Mammon

Seront obscurs comme la nuit.

Quoiqu'ici ils raflent, et pressurent, et grondent.

Leur vil embryon d'âme

Peut hurler dans quelque future carcasse,

L'effroi de la forêt; Ou dans quelque hibou ennemi du jour

Peut fuir la lumière.

Alors puissent Lapraik et Bums s'élever

Pour atteindre leur ciel natal ,

Et chanter leurs plaisirs, leurs espérances et leurs joies

Dans quelque douce sphère , Toujours plus étroitement unis par les liens de l'amitié

A chaque année qui passe !

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