‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 116 sur 150 · A J. -J. AMPÈRE · texte numérisé non relu

A J. -J. AMPÈRE

Les lieux sont beaux et grands; ils parlent un langage A d'abord étonner, à remplir sans partage,

A faire qu’on s’arrête à leur gloire soumis,

Et qu'Ithaque un instant s’oublie, et les amis.

Et pourtant, et bientôt, cette nature immense Laisse un grand vide au cœur et le tient à distance. Et tous ces monts glacés qu’à l'horizon je vois.

Pour m’y bercer de loin, n’ont pas même les bois. Oh! j'ai besoin toujours, quelque lieu qui m’appelle. De l'homme et des amis, du souvenir fidèle.

De ressaisir au cœur l'écho du cœur sorti.

De chercher au sentier ce qu’un autre a senti !

De ce cadre si fier par les monts qu'il assemble. Dans un détail chéri, l'on goûte mieux l’ensemble.

En y prenant pour guide un rayon préféré.

Le tout plus tendrement s’éclaire à notre gré.

Un banc au bord du lac, un ombrage, une allée Où d'avance l’on sait qu’une âme, un jour voilée. S’est assise en pleurant; des rocs nus et déserts,

M ais qu’un chantre qu’on aime a nommés dans ses vers ; Ces places, à nous seuls longtemps recommandées, Mêlant au vaste aspect la douceur des idées.

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