‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 117 sur 150 · VEmmenthal, riche portion du canton de Berne · texte numérisé non relu

VEmmenthal, riche portion du canton de Berne

PENSÉES D’AOUT

Voilà, dans ces grands lieux, à l'écart et sans brait, Ce que ma fuite espère et tout d’abord poursuit.

Laissant les bords nombreux où le regard hésite, ■Vussitôt arrivé, j'ai donc choisi mon site Aux bosquets odorants d’une blanche villa. Cherchant l'endroit, le banc, et me disant : C’est là ! Il était soir ; le jour, dans sa pénible trace.

Avait chargé le lac d’orage et de menace;

Mais, comme dans la vie on voit souvent aussi.

Le couchant soulevait ce lourd voile éclairci.

Je m’assis solitaire, et là, pensant à Celle

Qui m’avait dit d’aller et de m’asseoir comme elle.

Je méditais les flots et le ciel suspendu.

Le silence lui seul et le calme entendu,

La couleur des reflets. La nue un peu brisée.

Jetait un gris de perle à la vague irisée.

Et le lac infini fuyait dans sa longueur.

Cette tranquillité me distillait au cœur Un charme, qui d’abord aux larmes nous convie :

'< Oh! disais-je en mon vœu, rien qu’une telle vio. Rien qu’un destin pareil au jour qu’on vient d’avoir, Lourd, orageux aussi, mais avec un tel soir! »

A Lausanne, aussitôt que la barque m’y jette. Qu’ai-je fait? tout d’un bond j’ai cherché la. Retraite, C’est le nom (près de là) de la douce maison.

Où des amis bien chers ont fait une saison.

Ils m’en parlaient toujours d’une secrète joie.

Le lac vu du jardin, ces grands monts de Savoie Tout en face, si beaux au couchant enflammé,...

J’ai voulu prendre un peu de ce qu’ils ont aimé.

Je suis allé, courant comme à la découverte. Demandant le chemin à chaque maison verte;

Tant que, lisant le nom sur la barrière écrit.

Je m’y sois arrêté d’un regard qui sourit;

Et, sans entrer plus loin (car le matin je n’ose).

J’ai tout vu du dehors, comme hélas! toute chose.

PENSÉES D’AOUT

Enfin j’ai côtoyé, j’ai compris ce doux lieu;

A mes amis, un soir d’hiver, au coin du feu.

Je dirai : Je l’ai I'm; je pourrai leur répondre.

Et, sur un point déplus, l’ànie ira se confondre.

A Thoun, miroir si pur, de granit encadré.

Je voguais, à la main tenant mon cher André, Négligemment, sans but... Tout d’un coup, à la page Où je lisais le moins, je saisis un passage :

O Thoun, onde sacrée^! — Il a vu ces grands bords; Jeune, il a dénombré leurs sauvages trésors.

11 les voulait revoir, quand l’amour infidèle Le délaissait en proie à sa flamme moins belle;

Il s’y voulait guérir 1 — L’eau, les monts et les deux Ont redoublé d’attrait. Le roc mystérieux Qu’il m’indique en ses vers, et le creux qui s’enfonce. Le voilà, plus présent quand c’est lui qui l’annonce. Il y cherchait, blessé, comme un asile sùr. Moncœur.auxmêmeslieuxtraînons mon deuil obscur !

Ainsi, je vais en art, en amitié secrète,

Observant les sentiers. Ainsi, fais, ô poète,

Ainsi fais de tes jours! et quand l’homme bruyant. Qu’on réputé là-bas solide et patient.

Jusqu’à trois fois peut-être, en sa lourde carrière. Change d’opinions et de vaine bannière.

Toi qui parais volage et souvent égaré.

Passe ta vie à suivre un vestige adoré !

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