‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 143 sur 150 · Nom du pays pour ruisseau · texte numérisé non relu

Nom du pays pour ruisseau

NOTES ET SONNETS

Une étoile se pose au toit de la maison ;

Il est nuit : et, si l’œil replonge à l’horizon,

Ce n’est plus que vapeurs vaguement dessinées Et les Alpes là-bas dans l’ombre soupçonnées I

Eysins.

M. Édouard Turquety ayant adressé à l'auteur les vers suivants, ou se permet de les insérer ici, malgré ce quMls ont d’infiniment trop flatteur : les poètes sont accoutumés, on le sait bien, à se dii’e de ces douceurs entre eux, sans que cela tire à conséquence.)

A SAINTE-BEUVE

Ami, pourquoi tant de silence?

Pourquoi t’obstiner à cacher L’hymne brillante qui s’élance De ton cœur prompt à s’épancher?

Déserte pour un jour la prose;

Réveille, après un long sommeil.

Ton doux vers plus frais que la rose Au premier baiser du soleil.

Dis à l’oiseau de rouvrir l’aile ;

Laisse de sillon en sillon S’égarer la vive étincelle Que l’on nomme le papillon.

Rends-nous ton chant rempli de flamme.

Ton chant rival du rossignol ;

Permets aux brises de ton àme De nous embaumer dans leur vol.

Et, puisque tu le peux, ramène Auprès de nous l’aimable cours De la poétique fontaine Que tu voudrais celer toujours.

A SAINTE-BEUVE

Regarde, jamais clans ce monde L’horizon ne fut moins serein ;

Jamais angoisse plus profonde Ne tourmenta le cœur humain.

Les temps sont lourds, les temps nous pèsent; Que devenir sous ces linceuls.

Si les plus doux chanteurs se taisent.

Ou ne chantent que pour eux seuls?

Si dans la solitude aride.

Qui n’a ni calme ni saveur.

Il n’est pas un ruisseau limpide.

Il n’est pas un palmier sauveur?

Oh! viens, doux maître en rêverie,

Viens reprendre ton beau concert;

Ne reste pas, puisqu’on t’en prie,

A t’épanouir au désert.

Fleur odorante, fleur sonore.

C’est trop te refermer; tu dois A ceux qu’un ciel brûlant dévore Ton frais parfum, ta fraîche voix

Tu leur dois ton hymne hardie Plus suave de jour on jour.

Et l’incessante mélodie

De ton âme qui n’est qu’amour!

Édouard Türquety.

RIÎPONSE.

RÉPONSE

Mon cœur n’a plus rien de l’amour.

Ma voix n’a rien de ce qui chante.

Ton amitié me représente Ce qui s’est enfui sans retour.

Il est un jour aride et triste Où meurt le rêve du bonheur :

Voltaire y devint ricaneur,

Et moi, j’y devins janséniste. ■

Ce qu’on appelle notre vol Ne va plus même en métaphore :

Nos regards n’aiment plus l’aurore, Et l’on tuerait le rossignoh

Oiseau, pourquoi cette allégresse, Orgueil et délices des nuits?

Ah ! ce ne sont plus mes ennuis.

Que ceux où ton chant s’intéresse!

Soupir, espoir, tendre langueur, Attente sous l’ombre étoilée!

Par degrés la lune éveillée Emplit en silence le cœur.

Pour qui donc fleurissent ces roses, Si ce n’est pas pour les offrir?

Charmant rayon, autant mourir, Sans un doux front où tu te poses !

RÉPONSE

Tous les ruisseaux avec leurs voix Que sont-ils sans la voix qu’on aime?

Ce ne fut jamais pour lui-même Que j’aimai l’ombrage des bois.

Dans les jardins ou les prairies,

Le long des buis ou des sureaux, Devant l’ogive aux noirs bai’reaux, Comme au vieux chêne des féeries;

Môme sous l’orgue solennel,

Au seuil de la chaste lumière.

Même aux abords du sanctuaire Où toi, tu t’es choisi le ciel.

Dès l’enfance mon seul génie Ne poursuivit qu’un seul désir :

Un seul jour l’ai-je pu saisir?

Mais tout vieillit, l’àme est punie.

Et tes doux vers lus et relus N’ont fait qu’agiter mon mystère :

Quoi donci aime-t-on sur la terre.

Depuis que nous, nous n’aimons plus

ROMANCES

STANCES

(IJ y fau(^lrait de la musique de Gluck.)

Laissez-nioi! tout a fui. Le printemps recommence;

L'été s’anime, et le désir a lui;

Les sillons et les cœurs agitent leur semence. Laissez-moi ! tout a fui.

Laissez-moi ! dans nos champs les roches solitaires, Les bois épais appellent mon ennui.

Je veux, au bord des lacs, méditer leurs mystères,

Et comment tout m’a fui.

Laissez-moi m'égarer aux foules de la ville ;

J aime ce peuple et son bruit rf-joui;

Il double la tristesse à «-o cœur ijui s exile.

Et pour ijui tout a fui.

Laissez-moi! miili règne, et le soleil sans voiles Fait un désert à mon œil ébloui.

Laissez-moi! c'est le soir, et l'heure des étoiles; Uii'espérer? tout a fui.

Uh! laissez-moi, sans trêve, écouter ma blessure.

Aimer mon mal et ne vouloir ijue lui.

Celle en qui je croyais, celle qui m’était sûre... Laissez-moi ! tout a fui.

ROMANCES

(Madame Menessier-Nodier a honoré et emljelii les stances qui suivent d’une musique charmante.)

Oh! que son jeune cœur soit paisible et repose,

Que rien n’attriste plus ses yeux bleus obscurcis! Pour elle le sourire et les larmes sans cause!

Pour moi les vrais soucis !

Pour moi le sacrifice et sa brûlante veille.

Le silence et l’ennui de ne rien exprimer,

Comme au novice amant qui croit que c’est merveille Qu’on puisse un jour l’aimer 1

Pour moi, lorsqu’on passant son frais regard m’attire Lt dit avec bonheur : Ami ne viens-tu pas?

Pour moi, comme un fardeau, d’hésiter à lui dire Mon cœur et ses combats;

De moins souvent mêler mon haleine à la sienne.

Et le soir, à l’abri du monde et des rivaux,

Ue n'oser éclairer sa tendresse ancienne A des rayonfe nouveaux!

Pour moi de ne plus lire à sa face pâlie Les signes orageux d’un céleste avenir !

Pour elle les trésors de la mélancolie,

La paix du souvenir;

Le bonheur souverain de gouverner une âme.

De la sentir à soi, muette, à son côté ;

Des gazons sous ses pas, et son pur front de feinmo Dans la sérénité ;

Un sommeil sans remords avec l’essaim fidèle Et les songes légers d’un amour sans effroi!

Amour! abeille d’or! oh! tout le miel pour elle,

Et l’aiguillon pour moi!

ROMANCES

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