‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 51 sur 150 · Horrificans Zephyrus proclivas incitât undas · texte numérisé non relu

Horrificans Zephyrus proclivas incitât undas

I C.VTULLE.

Et Homère, Odyssée, il, vers 421; IV, 402; V, 295, et en vingt autres endroits.

POÉSIES DIVERSES

Et qui luttant sui’ toi dans ta rapide ivresse,

Sur ton front, sur ton sein, sur ton voile en détresse, T’apporte obscurément délire et volupté,

A toi qui te crois chaste, ô si fière Beauté !

SONNET

Osons tout et disons nos sentiments divers!

Nul moment n’est plus doux au cœur mâle et sauvage Que lorsqu’après des mois d’un trop ingrat servage. Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.

La flèche le perçait et pénétrait ses chairs.

Et le suivait partout : de bocage en bocage Il errait. Mais le trait tout d’un coup se dégage :

Il le rejette au loin, tout sanglant, dans les airs.

O joie! ô cri d’orgueil! ô liberté rendue!

Espace retrouvé! courses dans l’étendue!

Que les ardents soleils l’inondent maintenant!

Comme un guerrier mûri que l’épreuve rassure,

A mainte cicatrice ajoutant sa blessure.

Il porte haut la tête et triomphe en saignant.

Otez, ôtez bien loin toute grâce émouvante.

Tous regards où le cœur se reprend et s’enchante; Otez l’objet funeste au gueriûer trop meurtri!

Ces rencontres, toujours ma joie et mon alarme.

Ces airs, ces tours de fêtes, ô femmes, votre charme; Doux charme par où j’ai péri !

POÉSIES DIVERSES

POUR MON AMI ULRIC G‘

STANCES

Par ce soleil d’automne, au bord de ce beau fleuve. Dont l’eau baigne les bois que ma main a plantés, Après les jours d’ivresse, après les jours d’épreuve, Viens, mon Ame, apaisons nos destins agités;

Viens, avant que le Temps dont la fuite nous presse Ait dévoré le fruit des dernières saisons.

Avant qu’à nos regards la brume qu’il abaisse -Vit voilé la blancheur des vastes horizons;

Viens, respire, ô mon Ame, et, contemplant ces îles Où le fleuve assoupi ne fait plus que gémir,

Cherche en ton cours errant des souvenirs tranquilles Autour desquels aussi ton flot puisse dormir...

Dépose le limon qu’a soulevé l'orage;

L’abîme est loin encore, il nous faut l’oublier;

11 nous faut les douceurs d’une secrète plage ; J’attache ma nacelle au tronc d’un peuplier.

Hélas! dans ces jardins, dont j’aime le mystère.

Que de jours écoulés, sereins ou nuageux !

A midi sur ce banc s’assoit encor mon père;

Mes filles ont foulé ces gazons dans leurs jeux.

1, Les cinq pièces suivantes sont écrites comme par Lami même à qui elles sont adressées. En général, durant toute celte période intermédiaire, Joseph Delorme, ayant trop peu à dire pour son propre compte, exprimait et rimait volontiers les sentiments de ses amis.

POESIES DIVERSES-

Sous ces acacias, les pieds dans la rosée,

J’ai quelquefois, dès l’aube, égaré la beaulé :

L’oiseau chantait, à peine, et la Heur reposée Assemblail un parfum chargé de voluplé.

Après bien des détours dans l’ombre et sur la mousse. L’aurore avec le jour amenait les adieux;

En me disant demain! que sa voix était douce!

Que loin, en la quittant, je la suivais des yeux!

Puis je m’en revenais, solitaire et superbe.

Recevant le soleil et l’air par tous mes sens,

Cueillant le frais bouton, ramassant le brin d’herbe, Et le cœur inondé d’harmonieux accents.

Voici toujours les lieux, les places trop connues.

Et l’ombre comme hier flottant dans ce chemin. Vous toutes, seulement, qu’ôtes-vous devenues?

Et quelle autre,, à mon bras, doit y marcher demain'?

Je n’ai point passé l’ège où l’on plaît, où l’on aime; Mes cheveux sont touffus et décorent mon front;

Les regards de mes yeux ont un charme suprême, Et, bien longtemps encor, les âmes s’y prendront.

Mais que pour cette fois ce soit une belle âme. Tendre et douce à l’amour, et légère à guider.

Qui de jeunes baisers rafraîchisse ma flamme.

Me couvre de son aile et me sache garder;

Qui, des rayons de feu que lance ma paupière. Réfléchisse en ses pleurs la tremblante clarté.

Et sans orage au ciel, sans trop vive lumière.

Se lève sur le soir de mon rapide été !

Que l’oubli du passé me vienne à côté d’elle;

Que, rentré dans la paix, je craigne d’en sortir;... Que cet amour surtout, bien que noble et fidèle.

Au cœur pieux des miens n’aille pas retentir!

POÉSIES DIVERSES

POUR MON AiMI ULRIC G...

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