‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 10 sur 121 · RÊVERIE · texte numérisé non relu

RÊVERIE

A MON AMI V.- P

Il est soir : la lune s'élance Sur son trône mystérieux ; Les astres roulent en silence ; Gomme un lac immobile , immense , Mon ame réfléchit les cieux.

Dans les ondes de la pensée , Dans ce beau lac au k sables d'or, La voûte des cieax balancée À mes yeux se peint, nuancée De couleurs plus molles encor.

Amoureux de la grande image , D'abord j'en jouis à loisir ; Bientôt désirant davantage, Poète avide, enfant peu sage, J'étends la main pour la saisir.

Adieu soudain voûte étoilée , Blanche lumière, éclat si pur!

Au sein de mon ame ébranlée , Phébé tremblante s'est voilée ; L'image a perdu son azur.

Phébé , ne voile plus ta face !

Je renonce à mon fol espoir.

Lors, par degrés, le flot s'efface, L'ame s'apaise, et sa surface Des cieux redevient le miroir.

Irai-je, pour saisir l'image, De l'onde encor troubler le cours ?

Non ; mais penché sur le rivage , Puisque la nuit est sans nuage , Je veux rêver, rêver toujours.

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