A DEUX SOEURS
A MADEMOISELLE FRÉDÉRIQGE....
Pour qu'en parole , eo vers mélodieux ,
De sa jeune ame à la forme si belle
Un chant s'exhale, il lui faut, nous dit -elle,
Tristesse au cœur et des pleurs dans ses yeux ;
Il faut que celle à qui l'azur des cieux Dès le berceau colora la prunelle , Et qui répand le bonheur autour d'elle, Ressente moins ce qu'on lui doit le mieux.
Oh ! s'il est vrai , sur sa lèvre si pure , O Poésie , arrête ton murmure ; Vers et soupirs, n'en soulève plus un.
Comme une abeille encore ensommeillée
Que la rosée odorante a' mouillée,
Dors au calice , ou ne sois qu'un parfum !
A MADEMOISELLE ÉUZA - WILHELMDiE. . . .
Puisqu'à tout coup sa vive raillerie S'échappe et brille en gai pétillement , Puisqu'un lutin de grâce et de féerie Toujours dérobe un coin de sentiment;
Puisqu'amusés par ce propos charmant , D'elle on ne voit ce qui rêve ou qui prie , Et qu'à tous yeux cette gaieté chérie Soir et matin fait un déguisement ,
O Poésie , ouvre-nous le mystère ; Fais-lui trahir ce que son cœur veut taire , Ses hauts instincts , cette fois non railleurs ,
Quand vient là Nuit comme une sœur voilée ,
Et qu'en silence à la voûte étoilée
Monte son rêve , et que tombent ses pleurs !
Oh! laissez-moi quand la verve affaiblie Par les coteaux m'égare avec langueur, Quand pourtant la mélancolie Demande à s'épancher du cœur ,
Oh ! laissez-moi du poète que j'aime Bégayer le vague et doux son , Glaner après lui ce qu'il sème , Et de Collins , d'Uhland lui-même Émietter quelque chanson.
Je vais, traduisant à ma. guise Un vers que je détourne un peu ; C'est trop ma douceur et mon jeu Pour qu'autrement je le traduise.
C'est proprement sur mon chemin Tenir quelque branebe à la main Que j'agite quand je respire.
C'est sous mes doigts faire crier, C'est mâcher un brin de laurier , Comme nos maîtres l'osaient dire.
Quel mal d'avoir entrelacé , Même d'avoir un peu froissé Deux fleurs dans la même couronne?
La fleur se brise dans l'essai ; L'arbre abondant me le pardonne.
Et puis j'y mêle an peu de moi , Et ce peu répare ma faute.
Souvent je rends plus que je n'ôte Par un nouvel et cher emploi.
Ainsi , quand , après des journées
D'étude et d'hiver confinées ,
Je quitte , un matin de beau ciel ,
Mon Port-Royal habituel ;
Si devant mon cloître moins sombre ,
Au bord extrême du préau ,
M'avançant , je vois passer l'ombre ,
Ombre ou blanc voile et fin chapeau
De jeune fille au renouveau
Courant au tournant du coteau ,
Alors , pour peindre mon nuage , M'appliquant tout-à-fait l'image Du Brigand près du chemin creux , Uhland, j'usurpe ton langage; Et , si je n'en rends le sauvage , J'en sens, du moins, le douloureux.