‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 106 sur 121 · IMITÉ D'UHLAND · texte numérisé non relu

IMITÉ D'UHLAND

Un jour (en mai) de fête et de lumière , Au front du grand bois éclairci , Sortit le Brigand ; et voici Qu'au chemin creux , sous la lisière , Jeune fille passait sans rien voir en arrière.

c< Oh ! passe ainsi ! quand ton panier de mai , Au lieu de fraîches violettes , Tiendrait joyaux , riches toilettes , Quel sentier te serait fermé? »

Pensait le dur Brigand au front sombre allumé.

Et son regard aux fortes rêveries Suit long-temps et va protéger La jeune fille au pas léger Qui déjà gagne les prairies Et glisse blanche au loin, le long des métairies;

Tant qu'à la fin , une baie au détour Couvrant la blancheur de la robe , L'aimable forme se dérobe...

Pourtant le Brigand , à son tour , Rentre à pas lents au bois, sous ses sapins sans jour.

SONNETS

Corne la rena quando '1 turbo spira.

Dante, Inferno.

En mars quand vient la bise , et qu'après le rayon , Après des jours d'haleine attiédie, et gagnante, Sur la terre eucor nue et partout germinante , Comme en derniers adieux , s'abat le tourbillon ;

Quand du lac aux coteaux , des coteaux au vallon J'erre , le front au vent , sous sa rage sonnante , Qu'aux pics la neige luit plus dure , rayonnante , Oh! qui n'est ressaisi du démon d'Aquilon?

Que devient le bon ange? Où Béatrix est-elle? Et toi , toi que j'aimais , apathique et cruelle ! Tout vous balaie en moi , tout vous chasse dans l'air.

Mon cœur joyeux se rouvre à ses âpres furies : Aux crins des flots dressés , accourez , Valkiries 1 La nature est sauvage , et le lac est de fer.

Agli occbi miei ricoininciô dilelto.

Diirre, Purgatorio.

Mais la bise a passé. Revient la douce haleine, Revient l'éclat céleste au bleuâtre horizon. - La violette rit dans son rare gazon ; La neige brille aux monts sans insulter la plaine.

Que d'aspects assemblés ! Sur la hauteur prochaine

Ce massif de bois nu , dans sa sobre saison ;

En bas le lac limpide , où nagent sans frisson

Les blancs sommets tout peints d'un bleu de porcelaine.

Pauvre orage de l'ame , où donc est ta rigueur ? Qn'as-tu fait de tes flots , orage de mon cœur ? Je sens à peine en moi les rumeurs expirantes.

J'aime ce que j'aimais ; un souvenir pieux

Sur ces coteaux nouveaux me redit d'autres lieux ,

Et je songe au passé le long des eaux courantes.

Aile stelle!

Dante.

Et je songe au passé , peut-être à l'avenir , Peut-être au bonheur même en sa vague promesse , Au bonheur que promet un reste de jeunesse , Et qu'un cœur pardonné peut encore obtenir.

Pardonne-lui , Seigneur , et le daigne bénir ; Retiens sa force errante, on force sa faiblesse, Pour qu'en tonte saison ton souffle égal ne laisse Ni désir insensé , ni trop cher souvenir.

M a NOTES ET SONNETS.

Qu'il se reprenne à vivre, en espoir de la vie; Que , sans plus s'enchaîner , il trouve qui l'appuie , Qui lui rapprenne à voir ce qu'il s'est trop voÙé;

Pour que monte toujours , même dans la tourmente , Même sous le soleil , dans la saison clémente, Mon regard pur , fidèle au seul pôle étoile !

SONNET

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