A PHILOTHÉE
Pourquoi , dans l'amitié , vouloir donc que l'ami Se moule à notre esprit , en épouse l'idée , La tienne en tout pareille et sur tout point gardée , Sans que rien la dépasse et se joue à demi ?
Pourquoi , s'il doute encor , s'il est moins affermi En tout ce qui n'est pas l'amitié décidée , Pourquoi , sans vous asseoir , toujours plus loin guidée , Le piquer dans son doute à l'endroit endormi ?
J'en sais qui , dès avril , sur l'arbre encor sauvage , Non pas indifférents, mais sans presser le gage, En respirent la fleur d'un cœur déjà content.
Et cette fleur , un jour peut-être , non hâtée , Comblera tous vos vœux , o belle Philothée !
Comme un fruit mûr qui tombe au gazon qui l'attend .
A MADAME
11 est doux , vers le soir, au printemps qui commence , Au printemps retardé qui se déclare enfin , Les premiers jours de mai , dans cet air tout divin Ou se respire en fleur la première semence ;
Il est doux , à pas lents, sous le couchant immense, Devant ces pics rosés de neige et d'argent fin , Devant ce lac qui luit comme un dos de dauphin , Par ces tournants coteaux qui vont sans qu'on y pense.
Il est doux , Amitié , de marcher sans danger , Tenant près de son cœur ton bras chaste et léger , De se montrer chaque arbre et sa pointe première :
Le bois , sans feuille encor , mais d'un bourgeon doré , Jette l'ombre à nos pas sur le sol éclairé , Et d'un réseau qui tremble y berce la lumière.