‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 107 sur 121 · A PHILOTHÉE · texte numérisé non relu

A PHILOTHÉE

Pourquoi , dans l'amitié , vouloir donc que l'ami Se moule à notre esprit , en épouse l'idée , La tienne en tout pareille et sur tout point gardée , Sans que rien la dépasse et se joue à demi ?

Pourquoi , s'il doute encor , s'il est moins affermi En tout ce qui n'est pas l'amitié décidée , Pourquoi , sans vous asseoir , toujours plus loin guidée , Le piquer dans son doute à l'endroit endormi ?

J'en sais qui , dès avril , sur l'arbre encor sauvage , Non pas indifférents, mais sans presser le gage, En respirent la fleur d'un cœur déjà content.

Et cette fleur , un jour peut-être , non hâtée , Comblera tous vos vœux , o belle Philothée !

Comme un fruit mûr qui tombe au gazon qui l'attend .

A MADAME

11 est doux , vers le soir, au printemps qui commence , Au printemps retardé qui se déclare enfin , Les premiers jours de mai , dans cet air tout divin Ou se respire en fleur la première semence ;

Il est doux , à pas lents, sous le couchant immense, Devant ces pics rosés de neige et d'argent fin , Devant ce lac qui luit comme un dos de dauphin , Par ces tournants coteaux qui vont sans qu'on y pense.

Il est doux , Amitié , de marcher sans danger , Tenant près de son cœur ton bras chaste et léger , De se montrer chaque arbre et sa pointe première :

Le bois , sans feuille encor , mais d'un bourgeon doré , Jette l'ombre à nos pas sur le sol éclairé , Et d'un réseau qui tremble y berce la lumière.

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