A LA MUSE
Pauvre muse froissée, insultée, avilie, Pauvre fille sans fard qu'en humble pèlerin Devant eux j'envoyais pour chanter sans refrain , Oh ! reviens à mon coeur poser ton front qui plie.
Ils ne t'ont pas reçue , ô ma chère folie ,
O ! plus que jamais chère ; apaise ton chagrin !
Ton parfum m'est plus doux par ce jour moins serein ,
Et l'abeille aime encor ta fleur désembellie.
Un sourire immortel à la terre accorda Hyacinthe, anénome et lys, et toutes celles Qu'Homère fait pleuvoir aux pentes de l'Ida.
Même aux champs , sur la baie , il en est de bien belles ; Blanche-épine au passant rit dans ses fleurs nouvelles ; Mais la mieux odorante est l'obscur réséda.
RÉPONSE
A MON AMI F.-Z
« Toujours Je m'entête, mafgré le miel qui est au fond de vos vers , à me fflcber contre cet alexandriu brisé.... »
(Lettre.)
Oui, cher Zenon, oui, ma lyre est bizarre, Je le sais trop ; d'un étrange compas Elle est taillée , et ne s'arrondit pas D'un beau contour sous le bras du Pindare.
Le chant en sort à peine , et comme avare ; Nul groupe heureux n'y marierait ses pas :
Mais écoutez , et dites- vous tout bas Quel son y gagne en sa douceur plus rare.
Demandez-vous si ce bois inégal ,
Ce rat * boiteux qu'un coup d'oeil juge mal ,
N'est pas voulu par la corde secrète,
Dernière corde , et que nul avant moi N'avait serrée et réduite à sa loi , Fibre arrachée au cœur seul du Poète !