‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 108 sur 121 · A LA MUSE · texte numérisé non relu

A LA MUSE

Pauvre muse froissée, insultée, avilie, Pauvre fille sans fard qu'en humble pèlerin Devant eux j'envoyais pour chanter sans refrain , Oh ! reviens à mon coeur poser ton front qui plie.

Ils ne t'ont pas reçue , ô ma chère folie ,

O ! plus que jamais chère ; apaise ton chagrin !

Ton parfum m'est plus doux par ce jour moins serein ,

Et l'abeille aime encor ta fleur désembellie.

Un sourire immortel à la terre accorda Hyacinthe, anénome et lys, et toutes celles Qu'Homère fait pleuvoir aux pentes de l'Ida.

Même aux champs , sur la baie , il en est de bien belles ; Blanche-épine au passant rit dans ses fleurs nouvelles ; Mais la mieux odorante est l'obscur réséda.

RÉPONSE

A MON AMI F.-Z

« Toujours Je m'entête, mafgré le miel qui est au fond de vos vers , à me fflcber contre cet alexandriu brisé.... »

(Lettre.)

Oui, cher Zenon, oui, ma lyre est bizarre, Je le sais trop ; d'un étrange compas Elle est taillée , et ne s'arrondit pas D'un beau contour sous le bras du Pindare.

Le chant en sort à peine , et comme avare ; Nul groupe heureux n'y marierait ses pas :

Mais écoutez , et dites- vous tout bas Quel son y gagne en sa douceur plus rare.

Demandez-vous si ce bois inégal ,

Ce rat * boiteux qu'un coup d'oeil juge mal ,

N'est pas voulu par la corde secrète,

Dernière corde , et que nul avant moi N'avait serrée et réduite à sa loi , Fibre arrachée au cœur seul du Poète !

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