‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 12 sur 121 · LE SONGE · texte numérisé non relu

LE SONGE

Quand autrefois dans cette arène , Où tout mortel suit son chemin , En coureur que la gloire entraîne , Je m'élançais , famé sereine , Un flambeau brillant à la main;

Des Muses belliqueux élève, Quand je révais nobles* assauts , Couronne et laurier, lyre et glaive, Étendards poudreux qu'on enlève, Baisers cueillis sous des berceaux ;

Partout vainqueur, amant, poète, Pensais-je , hélas ! que mon flambeau , Au lieu de triomphe et de fête, N'éclairerait que ma défaite Et mes ennuis jusqu'au tombeau ?

La destinée à ma jeunesse Semblait sourire avec amour ; J'aimais la vie avec ivresse , Ainsi qu'on aime une maîtresse Avant la fin du premier jour.

Il a fui, mon rêve éphémère...

Tel , d'un sexe encore incertain , Un bel enfant près de sa mère Poursuit la flatteuse chimère De son doux rêve du matin.

Tout s'éveille , et , lui , dort encore ; Déjà pourtant il n'est plus nuit ; L'aube blanchit devant l'Aurore; Sous l'œil du Dieu qui la dévore , L'Aurore rougit et s'enfuit.

Il dort son sommeil d'innocence ; Avec l'aube son front blanchit ; Puis par degrés iï se nuance Avec l'Aurore qui s'avance Et qui bientôt s'y réfléchit.

Un voile couvre sa prunelle Et cache le ciel à ses yeux ; Maison songe le lui révèle ; En songe , son ame étincelle Des rayons qui peignent les cieux.

O coule , coule , onde nouvelle , Suis mollement ton cours vermeil!

Peux-tu jamais couler plus belle Que sous la grotte maternelle , Aux premiers rayons du soleil ?

Que j'aime ce front sans nuage , Qu'arrose un plus frais coloris !

Bel enfant , quel charmant présage Parmi les fleurs de ton visage Fajt soudain éclore un souris?

Dans la vie encore ignorée As-tu cru voir un bonheur pur ?

Un ange te l'a-t-il montrée Brillante , sereine , azurée , A travers ses ailes d'azur?

Ou quelque bonne fée Urgèle , Promettant palais et trésor Au filleul mis sous sa tutèle , Pour te promener t'aurait-elle Ravi sur son nuage d'or?

Mais le soleil suit sa carrière, Et voilà qu'un rayon lancé De l'enfant perce la paupière; Ses yeux s'ouvrent à la lumière; Il pleure... le songe est passé!

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