F. SOIR DE SON MAH14G.K
A d'autres , cher Pavio, en ces joyeux moments , Au milieu des flambeaux , des fleurs et des serments
Où s'exalte un si pur délire , A d'autres , s'il fallait toucher le mot profond , Le mot vrai , qui le mieux éclairât ce qu'ils sont ,
Pour chant d'hymen il faudrait dire :
A ceux qui . s'égarant au sortir du manoir , Ont en de faux essais gâté leur jeune espoir
Et tari leur première joie ; Que Tétoile a quittés, gardienne des berceaux ; Que passion navrante ou vulgaires assauts
Ont fatigués comme une proie ;
A ceux-là , quand l'Hymen , dans sa chaste pitié , Vient poser sa couronne à leur front essuyé
Et leur conduit la jeune fille, Jeune fille à l'œil vif, au bandeau radouci , Qui les aime plus fort- que s'ils sortaient aussi
Des saints baisers de la famille;
A ceux-là, revenus par fatigue au bonheur, Il faudrait oser dire : Échauffez votre cœur ,
Animez-y toute étincelle !
Sans vous appesantir au bien-être, au repos , Ressaisissez la foi , rallumez les flambeaux
Qui feront votre ame nouvelle !
Il faudrait replonger au matin de leurs jours Ces pèlerins lassés d'inconstantes- amours ,
Les rendre aux plus fraîches haleines , Et franchissant d'un bond l'intervalle aboli, Renouer , s'il se peut , par effort , par oubli ,
Heures croyantes et sereines.
Mais à vous , cher Pavie , en ces jours couronnés , A vous, jeune homme intègre , aux épis non fanés
Qu'un vif août échauffe et dore , Qui brillent au regard et sonnent sous la main , Tels que naguère au front du moissonneur romain
Léopold * les faisait éctore ;
A vous fidèle en tout au devoir ancien , Fidèle à chaque grain du chapelet chrétien ,
Bien qu'amant des jeunes extases ; Qui sûtes conserver en votre chaste sein Passion, pureté, douceur, l'huile et le vin,
Gomme à l'autel dans les saints vases;
A vous un mot suffit; pour tous conseils , pour chants, Pour nuptial écho de tant de vœux touchants ,
Ami , c'est assez de vous dire :
Apaisez votre cœur , car vous avez trouvé Le seul objet absent, le bien long-temps rêvé,
Long-temps votre vague martyre !
' Léopold Robert, qui venait de mourir.
Apaisez voire oœw, car il s'est que trop plein ; Car, hormis vos bons plans sur le pieu décliu
De la mère de votre père, Vous n'entes à pleurer qu'au soir en promeneur , En sublime égare qui va sous le Seigneur ,
Et qui jamais ne désespère !
Car sans relâche en tous, élancements , désirs , L'Amitié, l'Art, le Beau , vos uniques soupirs,
Mêlant des feux et des fumées , Formaient comme un autel trop chargé de présents , Où , nuit et jour , veillaient sous des vapeurs d'encens
Les Espérances enflammées.
Et c'était de tous points , dans l'actif univers , Retentissant en vous par salves de concerts ,
Comme un chant d'orgue qui s'essaie , D'un orgue mal dompté, mais sonore et puissant , A l'Océan ému pareil , et mugissant ,
Et dont le timbre humain s'effraie ;
Jusqu'à ce que, rompant ces échos du Sina , Une note plus claire, un Salve Regina
Tout-à-coup repousse la brume, Se glisse, s'insinue aux rameaux trop épais,, Donne au confus murmure un air divin de paix ,
Et blanchisse la belle écume !
Apaisez votre cœur , car jusqu'ici vos nuits S'en allaient sans rosée en orageux ennuis ,
Et vous fatiguaient de mystères; Les étoiles , sur vous , inquiétants soleils , Nouaient leurs mille nœuds , et de feux nompareils
Brûlaient vos rêves solitaires !
Jusqu'à ce que , naissant à propos , ait marché Une étoile plus blanche ; et d'un flambeau penché
Elle a mis son jour sur la scène, Et la molle lueur a débrouillé les cieux , Et les nœuds ont fait place au chœur harmonieux
Que la lune paisible mène.
Et , la lune endormie à son tour se couchant , Tout bientôt ne devient , le matin approchant ,
Qu'une même et tendre lumière , Comme en venant j'ai vu , vers l'aube , près de Blois , Ciel , coteaux , tout blanchir et nager à la fois
En votre Loire hospitalière !
Aux Hangeardièrea, près Angers, 4 août 4835.
SONNET
A MADAME P
Heureux, loin de Paris, d'errer en ce doux lieu, Je venais de quitter le petit Bois des Dames , Et m'écartant de l'Oise , où lavaient quelques femmes , J'allais, gai villageois, léger, en sarrau bleu,
Chapeau de paille au front, du côté de Saint-Leu, Quand soudain , me tournant vers le couchant en flammes , Je vis par tout le pré des millions de trames , Blancs fils de bonne Vierge aux longs réseaux de feu.
Des nappes du fin lin la terre était couverte , Et les chaumes restants et les brins d'herbe verte Semblaient un champ de lis subitement levé ;
— Des brebis, tout au loin , bondissaient, blonde écume; Et, moi dont l'œil se mouille et dont le front s'allume, Tête nue , adorant , je récitai Y Ave.
Précy, 9 octobre.
SONNET