‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 81 sur 121 · F. SOIR DE SON MAH14G.K · texte numérisé non relu

F. SOIR DE SON MAH14G.K

A d'autres , cher Pavio, en ces joyeux moments , Au milieu des flambeaux , des fleurs et des serments

Où s'exalte un si pur délire , A d'autres , s'il fallait toucher le mot profond , Le mot vrai , qui le mieux éclairât ce qu'ils sont ,

Pour chant d'hymen il faudrait dire :

A ceux qui . s'égarant au sortir du manoir , Ont en de faux essais gâté leur jeune espoir

Et tari leur première joie ; Que Tétoile a quittés, gardienne des berceaux ; Que passion navrante ou vulgaires assauts

Ont fatigués comme une proie ;

A ceux-là , quand l'Hymen , dans sa chaste pitié , Vient poser sa couronne à leur front essuyé

Et leur conduit la jeune fille, Jeune fille à l'œil vif, au bandeau radouci , Qui les aime plus fort- que s'ils sortaient aussi

Des saints baisers de la famille;

A ceux-là, revenus par fatigue au bonheur, Il faudrait oser dire : Échauffez votre cœur ,

Animez-y toute étincelle !

Sans vous appesantir au bien-être, au repos , Ressaisissez la foi , rallumez les flambeaux

Qui feront votre ame nouvelle !

Il faudrait replonger au matin de leurs jours Ces pèlerins lassés d'inconstantes- amours ,

Les rendre aux plus fraîches haleines , Et franchissant d'un bond l'intervalle aboli, Renouer , s'il se peut , par effort , par oubli ,

Heures croyantes et sereines.

Mais à vous , cher Pavie , en ces jours couronnés , A vous, jeune homme intègre , aux épis non fanés

Qu'un vif août échauffe et dore , Qui brillent au regard et sonnent sous la main , Tels que naguère au front du moissonneur romain

Léopold * les faisait éctore ;

A vous fidèle en tout au devoir ancien , Fidèle à chaque grain du chapelet chrétien ,

Bien qu'amant des jeunes extases ; Qui sûtes conserver en votre chaste sein Passion, pureté, douceur, l'huile et le vin,

Gomme à l'autel dans les saints vases;

A vous un mot suffit; pour tous conseils , pour chants, Pour nuptial écho de tant de vœux touchants ,

Ami , c'est assez de vous dire :

Apaisez votre cœur , car vous avez trouvé Le seul objet absent, le bien long-temps rêvé,

Long-temps votre vague martyre !

' Léopold Robert, qui venait de mourir.

Apaisez voire oœw, car il s'est que trop plein ; Car, hormis vos bons plans sur le pieu décliu

De la mère de votre père, Vous n'entes à pleurer qu'au soir en promeneur , En sublime égare qui va sous le Seigneur ,

Et qui jamais ne désespère !

Car sans relâche en tous, élancements , désirs , L'Amitié, l'Art, le Beau , vos uniques soupirs,

Mêlant des feux et des fumées , Formaient comme un autel trop chargé de présents , Où , nuit et jour , veillaient sous des vapeurs d'encens

Les Espérances enflammées.

Et c'était de tous points , dans l'actif univers , Retentissant en vous par salves de concerts ,

Comme un chant d'orgue qui s'essaie , D'un orgue mal dompté, mais sonore et puissant , A l'Océan ému pareil , et mugissant ,

Et dont le timbre humain s'effraie ;

Jusqu'à ce que, rompant ces échos du Sina , Une note plus claire, un Salve Regina

Tout-à-coup repousse la brume, Se glisse, s'insinue aux rameaux trop épais,, Donne au confus murmure un air divin de paix ,

Et blanchisse la belle écume !

Apaisez votre cœur , car jusqu'ici vos nuits S'en allaient sans rosée en orageux ennuis ,

Et vous fatiguaient de mystères; Les étoiles , sur vous , inquiétants soleils , Nouaient leurs mille nœuds , et de feux nompareils

Brûlaient vos rêves solitaires !

Jusqu'à ce que , naissant à propos , ait marché Une étoile plus blanche ; et d'un flambeau penché

Elle a mis son jour sur la scène, Et la molle lueur a débrouillé les cieux , Et les nœuds ont fait place au chœur harmonieux

Que la lune paisible mène.

Et , la lune endormie à son tour se couchant , Tout bientôt ne devient , le matin approchant ,

Qu'une même et tendre lumière , Comme en venant j'ai vu , vers l'aube , près de Blois , Ciel , coteaux , tout blanchir et nager à la fois

En votre Loire hospitalière !

Aux Hangeardièrea, près Angers, 4 août 4835.

SONNET

A MADAME P

Heureux, loin de Paris, d'errer en ce doux lieu, Je venais de quitter le petit Bois des Dames , Et m'écartant de l'Oise , où lavaient quelques femmes , J'allais, gai villageois, léger, en sarrau bleu,

Chapeau de paille au front, du côté de Saint-Leu, Quand soudain , me tournant vers le couchant en flammes , Je vis par tout le pré des millions de trames , Blancs fils de bonne Vierge aux longs réseaux de feu.

Des nappes du fin lin la terre était couverte , Et les chaumes restants et les brins d'herbe verte Semblaient un champ de lis subitement levé ;

— Des brebis, tout au loin , bondissaient, blonde écume; Et, moi dont l'œil se mouille et dont le front s'allume, Tête nue , adorant , je récitai Y Ave.

Précy, 9 octobre.

SONNET

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