‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 87 sur 121 · SU» UNE STATUE D'ENFANT · texte numérisé non relu

SU» UNE STATUE D'ENFANT

Divini opug Alcimedontis.

Virgile.

L'enfant ayant aperçu

(A l'insu De sa mère, à peine absente) Pendant au premier rameau

De l'ormeau Une grappe mûrissante ;

L'enfant , à trois ans Tenu ,

Fort et nu , Qui jouait sur la belle herbe , N'a pu, sans vite en vouloir,

N'a pu voir Briller le raisin superbe.

Il a couru ! ses dix doigts

A la fois , Comme autour d'une corbeille , Tirent la grappe qui rit

Dans son fruit.

Buvez, buvez, jeune abeille !

La grappe est un peu trop haut ;

Donc il faut Que l'enfant hausse sa lèvre.

Sa lèvre au fruit déjà prend ,

Il s'y pend, 11 y pend comme la chèvre.

Oh ! comme il pousse en dehors Tout son corps,

Petit ventre de Silène,

Reins cambrés , plus fléchissants En leur sens

Que la vigne qu'il ramène.

A deux mains le grain foulé

A coulé ; Douce liqueur étrangère !

Tel , plus jeune, il embrassait

Et pressait La mamelle de sa mère.

Age heureux et sans soupçon !

Au gazon Que. vois-je ? un serpent se glisse , Le même serpent qu'on dit

Qui mordit, ■„ Proche d'Orphée , Eurydice.

Pauvre enfant t son pied levé

L'a sauvé ; Rien ne l'avertit encore. — C'est la vie avec son dard

Tôt ou tard !

C'est l'avenir ! qu'il l'ignore !

SONNET

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