‹ Poésies complètesChapitre 36 sur 70 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Romance, qui aimes à te balancer et à chanter,

avec ta tête ensommeillée et tes ailes repliées,

parmi les feuilles vertes quand elles tremblent

en se baissant sur quelque lac ombragé,

pour moi un perroquet bariolé

tu as été — oiseau très familier —

tu m'as appris à dire mon alphabet —

à bégayer mes toutes premières paroles

tandis que dans le bois sauvage je me couchais,

enfant — aux yeux déjà savants.

Les suivantes années, trop sauvages pour chanter,

alors se déroulèrent tels les orages des tropiques,

où, à travers les éclairs blafards qui volent

en mourant dans le ciel troublé,

mettaient à nu, au milieu d'éclaircies déchirées par

le tonnerre, l'obscurité totale du Ciel,

cette môme obscurité projette cependant de la lumière sur l'aile argentée de l'éclair.

Car étant il y a longtemps un paresseux enfant,

qui lisait Anacréon, et buvait du vin,

je trouvai bientôt que les rimes Anacréontiques

étaient souvent presque passionnées —

et par une étrange alchimie du cerveau,

ses plaisirs se tournaient toujours en douleur —

sa naïveté en sauvage désir —

son esprit en amour — son vin en feu ; —

et ainsi, jeune et tombé en folie,

je devins amoureux de la mélancolie,

et j'eus coutume de gaspiller mon repos terrestre

et toute ma tranquillité enjeu.

Je ne pouvais aimer que quand la Mort

mêlait son haleine à celle de la Beauté —

ou que l'Hymen, le Temps et la Destinée

se dressaient entre elle et moi.

0, alors le Condor éternel des années

ébranle tellement les hauteurs mêmes du Ciel,

du tumulte orageux qu'elles font en passant,

que je n'ai plus de temps pour les vains soucis,

à force de contempler le ciel inquiet !

ou bien si une heure d'une aile plus calme

sème son duvet sur mon esprit,

pour qu'avec ma lyre et mes rimes ce peu de temps

se puisse écouler — choses défendues I

mon cœur sent que ce serait un crime

de ne pas trembler avec la corde.

Mais maintenant mon âme a trop de place —

la gloire et la mélancolie sont parties —

le noir s'est fondu dans du gris,

et tous les feux s'éteignent.

Ma lampée de passion a été profonde —

je m'enivrai, et maintenant je voudrais dormir —

et l'enivrement de l'âme bientôt

succède aux gloires de la coupe —

un vain désir nuit et jour

de finir dans un rêve ma vie même.

Mais les rêves — de ceux qui rêvent comme moi,

par leurs aspirations sont damnés et meurent.

Cependant jurerai-je que je gémis seul,

par les notes vibrant avec tant d'aigreur

pour rompre la monotonie du Temps,

tandis qu'encore ma joie et ma peine évaporées

ne sont pas teintes par l'automne jauni —

tandis que pas un lutin de la vieillesse blanche

ne veut jeter son ombre sur mon chemin —

et que la vieillesse blanche elle-même passe outre

sans jeter un regard sur mon livre de rêve.

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