‹ Poésies complètesChapitre 37 sur 70 · A LA SCIENCE · texte numérisé non relu

A LA SCIENCE

(sonnet)

Science 1 tu es la vraie fille du Vieux Temps î Toi qui changes tout de tes yeux scrutateurs, pourquoi fais-tu ainsi ta proie du cœur du poète, Vautour, dont les ailes sont de sombres réalités? Comment t'aimerait-il? ou comment te croirait-il sage, toi qui n'as pas voulu le laisser dans sa course errante chercher le trésor dans les cieux gemmés, quoiqu'il ait pris l'essor d'une aile intrépide? N'as-tu pas arraché Diane de son char?

Et chassé l'Hamadryade de la forêt pour lui faire chercher un abri dans quelque étoile

plus heureuse?

N'as-tu pas ravi la Naïade à son flot, l'Elfe à l'herbe verte, et à moi mon rêve estival sous les tamariniers?

AL AARAAF '

Oh I rien de terrestre, sauf le rayon

(reflété par les fleurs) des yeux de la Beauté,

comme en ces jardins où le jour

naît des gemmes de Gircassie —

oh ! rien de terrestre, sauf la vibrance

mélodique d'un ruisseau sous bois —

ou (musique du cœur passionné)

la voix de la Joie si paisiblement enfuie

que, comme le murmure dans la coquille,

son écho demeure et demeurera —

ohl rien de nos imperfections —

mais toute la beauté — toutes les fleurs

qui écoutent notre Amour, et ornent nos bosquets —

1. Une étoile fut découverte par Tycho-Brahe, qui apparut soudain dans les cieux — atteignit, en peu de jours, un éclat surpassant celui de Jupiter — et disparut tout à coup et n'a jamais été revue depuis.

adornent ce monde lointain, si lointain, cette étoile errante.

Ce fut un doux temps pour Nesace — car alors

son monde se reposait sur l'air doré,

près de quatre soleils brillants — repos temporaire —

oasis dans le désert des bienheureux.

Au loin — au loin — parmi des mers de rayons qui

roulent leur splendeur Empyréenne sur l'âme désenchaînée — l'âme qui à peine (ces ondes sont si denses) peut escalader l'éminence qui lui est destinée — elle faisait voile, de temps en temps, vers de distantes sphères et enfin vers la nôtre, la seule favorisée de Dieu — mais maintenant, reine d'un royaume fixe, elle rejette le sceptre — abandonne le gouvernail, et, parmi l'encens et les sublimes hymnes spirituels, lave dans une quadruple lumière ses membres angéliques.

Maintenant plus heureuse, plus charmante en cette

lointaine terre charmante, d'où s'envola en naissant 1' « Idée de Beauté », (tombant en boucles à travers maintes étoiles frémissantes, comme des cheveux de femme au miheu des perles

jusqu'à ce que, au loin, elle se posât sur les collines Achaïennes, et s'y arrêtât) Elle regarda dans l'Infinité — et s'agenouilla.

De somptueux nuages en baldaquin s'arrondissaient

au-dessus d'elle — des emblèmes enaccord avec la forme de son monde — ne montrant que leur beauté — n'arrêtant pas la vue d'une autre beauté brillant à travers la lumière — une guirlande qui serpentait autour de chaque forme

stellaire, et ceignait de couleur tout Pair opalisé.

A la hâte elle s'agenouilla sur un lit

de fleurs: de lys, tels ceux qui lèvent leur tête

sur le beau cap Deucato \ et qui se dressèrent

si ardemment pour entraver

les pas fuyants — orgueil profond —

de celle ^ qui aima un mortel — et mourut ainsi.

La Séphalique, bourgeonnante de jeunes abeilles,

dressait ses tiges de pourpre autour de ses genoux :

et la fleur gemmée ^ mal nommée fleur de Trébi-

zonde — habitante des plus hautes étoiles, où jadis elle faisait

pâlir toute autre beauté : sa rosée de miel (le nectar fabuleux que connaissaient les païens) suave jusqu'au délire^ dégoutta du Ciel, et tomba sur les jardins des non-pardonnés

Page 1