‹ Poésies complètesChapitre 45 sur 70 · On dit que Talbatros dort en planant · texte numérisé non relu

On dit que Talbatros dort en planant

2. J'ai trouvé cette idée dans un vieux conte anglais que je ne puis citer que de mémoire: « L'essence même, la source primordiale, l'origine de tout musique, c'est le bruit enchanteur que font les arbres en poussant. »

sont la musique des choses —

mais sont copiées, hélas ! —

Loin, alors, ma très chère,

oh, va-t'en loin,

vers des sources qui reposent claires

sous les rayons lunaires —

vers quelque lac isolé qui sourit,

dans son rêve de profond repos,

aux innombrables îles-étoiles

qui gemment son sein —

là où les fleurs sauvages, en se glissant,

ont mêlé leurs ombres.

sur sa rive dorment

de nombreuses jeunes filles —

quelques-unes ont quitté la fraîche clairière, et *

se sont endormies avec l'abeille ' —

éveille-les, ma vierge,

sur la lande et la prairie —

Va I souffle sur leur sommeil,

tout doucement à leur oreille,

le rythme musical

qu'elles se sont endormies pour entendre —

1. La rime de ce vers, comme de celui qui se trouve soixantesix vers plus haut, peut paraître une affectation. Je l'ai imitée de Sir Walter Scott, ou plutôt de Claud Halcro :

Oh! s'il y avait une île.

Si sauvage soit-elle,

Où la femme pourrait sourire et

Où l'homme ne serait pas trompé... etc.

2. L'abeille sauvage ne dort pas dans l'ombre s'il y a clair de lune.

car qu'est-ce qui peut éveiller

si vite un ange

dont le sommeil a commencé

sous la froide lune,

que ce charme qu'aucun sommeil

magique ne peut vaincre,

le nombre rythmique

qui l'a bercée jusqu'au repos? »

Des esprits ailés, et des anges apparurent, mille séraphins s'élancèrent à travers l'Empyrée, de jeunes rêves voletant encore de leur vol assoupi — des Séraphins en tout sauf en « Science », perçante

lumière qui tombait, réfractée au loin à travers tes limites, ô Mort ! de l'œil de Dieu sur cette étoile : douce était cette erreur — plus douce encore cette

mort — douce était cette erreur — car chez nous le souffle de la Science ternit le miroir de notre joie — pour eux ce souffle serait le Simoun, et les anéantirait — car à quoi leur sert-il de savoir que la Vérité est le Mensonge — ou le Bonheur, le

Malheur ?

Douce était leur mort — pour eux mourir était plein de la dernière extase d'une vie assouvie — au delà de cette mort aucune immortalité — mais un sommeil conscient et qui n'est pas «être» —

16 i POÉSIES COMPLÈTES

et là — oh ! puisse mon esprit lassé y demeurer — loin de l'Eternité du Ciel — et cependant combien

loin de l'Enfer ! ^ Quel coupable esprit, dans quel sombre bosquet, n'a pas entendu les appels émouvants de cet hymne ? Sauf deux, ils tombèrent : car le Ciel ne fait pas grâce à ceux qui n'écoutent pas les battements de leur

cœur.

Une ange-vierge et son séraphin-amant — Oh ! où (et vous pouvez chercher dans les cieux

vastes) était l'Amour, l'aveugle, connu près du triste Devoir ?

1. Pour les Arabes, il y a un milieu entre le Ciel et l'Enfer^ où les hommes ne sont pas punis, mais Dépossèdent pas cette tranquillité et ce bonheur qui font la joie céleste.

Un no rompido sueno —

Un dia puro — allègre — libre

Quiera —

Libre de amor — de zelo —

De odio — de esperanza — de rezelo —

Luis Ponce de Léon.

La tristesse n est pas exclue d'Al Aaraaf, mais c'est cette douleur que les vivants aiment à conserver pour les morts, et qui, pour quelques esprits, ressemble au délire de Topium. L'excitation passionnée de l'amour et la légèreté de l'esprit qui succèdent à l'intoxication sont les plaisirs les moins saints d'Al Aaraaf — et dont le prix est la mort finale et l'annihilation pour les âmes qui choisissent Al Aaraaf pour leur résidence après la vie.

Sans guide l'Amour était tombé — « au milieu des larmes d'une parfaite douleur ^ I »

C'était un grand esprit que celui qui tomba :

un errant près du puits moussu —

un contemplateur des lumières qui brillent là-haut—

un rêveur au clair de lune auprès de son amour :

quelle merveille ? car chaque étoile y ressemble à

un œil, et regarde si doucement les cheveux de la Beauté — et elles-mêmes, et chaque source mousseuse étaient

sacrées à son cœur hanté d'amour et de mélancolie. La nuit avait trouvé, (nuit de malheur pour lui) sur le roc escarpé d'une montagne, le jeune Angelo — surplombante, elle se penche à travers le ciel solennel, et regarde avec dédain les mondes étoiles qui gisent

au-dessous d'elle.

Là il s'assit avec son amour — son œil noir fixé d'un regard d'aigle sur le firmament :

bientôt il le tourna sur elle — puis il l'abaissa de nouveau eu tremblant vers l'orbe de

la Terre.

« lanthe, très chère, vois! comme est faible ce rayon! comme c'est charmant de voir si loin 1

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