‹ Poésies complètesChapitre 50 sur 70 · LA VALLEE DE L'AGITATION · texte numérisé non relu

LA VALLEE DE L'AGITATION

Autrefois souriait un silencieux vallon où personne ne demeurait ; ils étaient partis pour les guerres, se fiant aux étoiles aux doux yeux pour la nuit, de leurs tours d'azur, veiller sur les fleurs, au milieu desquelles tout le jour le rouge soleil paresseusement se reposait. Maintenant chaque visiteur confessera l'agitation de la morne vallée.

Rien n'y est sans mouvement — rien exceplé les airs qui planenL sur la magique solitude.

Ah, par aucun vent ne sont secoués ces arbres qui palpitent comme les froides mers autour des brumeuses Hébrides I Ah, par aucun vent ces nuages ne sont chassés qui passent en bruissant à travers le ciel agité,

inquiètement, du matin au soir,

sur les violettes qui y sont,

semblables à des myriades d'yeux humains —

sur les lys qui s'y balancent

et pleurent au-dessus d'une tombe sans nom I

Ils se balancent: —du haut de leurs têtes fragrantes

d'éternelles rosées choient en gouttes.

Ils pleurent: — de leurs délicates tiges

de pérennelles larmes tombent en gemmes.

Voir la Vallée Nis, p. 227 .

ISRAFEL

Dans le Ciel un esprit demeure

« dont les fibres du cœur sont un lulh » ;

nul ne chante si passionnément bien

que l'ange Israfel,

et les inconstantes étoiles (disent les légendes)

cessant leurs hymnes, écoutent l'enchantement

de sa voix, toutes muettes.

Vacillante là-haut

dans son plus haut essor,

la lune énamourée

rougit d'amour

tandis que, pour écouter, son rouge éclat

(avec les rapides Pléiades, même,

qui étaient sept),

s'arrête dans le ciel.

1. Et l'ange Israfel dont les fibres du cœur sont un luth et qui a la plus douce voix de toutes les créatures de Dieu. — Koran.

Et elles disent (le chœur étoile

et tous les autres êtres qui écoutent)

que le feu d'Israfeli

est dû à cette lyre

avec laquelle il s'assied et chante —

au métal frémissant et vivant

de ces cordes étranges.

Mais cet ange foula les cieux,

là où les profondes pensées sont un devoir

où l'Amour est un Dieu complet —

où les regards des Houris sont

imbus de toute la beauté

que nous adorons dans une étoile.

C'est pourquoi tu n'as pas tort,

Israfeli, de mépriser

un chant sans passion ;

à toi les lauriers appartiennent,

ô le meilleur des bardes, parce que le plus sage I

Vis joyeusement et longtemps I

Les extases d'en haut

s'accordent avec tes rythmes brûlants —

ta douleur, ta joie, ta haine, ton amour,

avec la ferveur de ton luth -

les étoiles peuvent bien être muettes.

Oui; le Ciel est à toi ; mais notre monde est un monde de douceurs et d'amertumes ; nos fleurs sont simplement, — des fleurs, et l'ombre de ton parfait bonheur est le soleil du nôtre.

Si je pouvais demeurer

où Israfel

a demeuré, et lai où je demeure,

peut-être ne chanterait-il pas si passionnément bien

une mortelle mélodie,

tandis qu'une note plus hardie que celle-ci s'élèverait

de ma lyre jusqu'au ciel.

Je ne me soucie pas que mon lot terrestre ait — peu de Terre en lui — que les années d'amour aient été oubliées dans la fièvre d'une minute.

Je ne pleure pas parce que les désolés sont plus heureux, ô douce, que moi, mais parce que tu t'affliges de ma destinée, moi qui ne suis qu'un passant.

Ce n'est pas parce que mes sources de bonheur sont bouillonnantes, étrangement, de larmes ou parce que le frémissement d'un simple baiser a tremblé en moi bien des années —

Ce n'est pas parce que les fleurs de vingt printemps qui se sont desséchées en naissant, reposent mortes sur les fibres de mon cœur avec le poids d'un siècle de neiges.

Ni parce que l'herbe — oh ! qu'elle croisse î —

pousse ou a poussé sur ma tombe,

mais parce que, quoique je sois mort, je vis quand

même, que je ne puis, ma dame, être seul.

Les bosquets dans lesquels, en rêves, je vois les oiseaux chanteurs les plus luxuriants, sont des lèvres — et toute ta mélodie n'est faite que de mots créés par des lèvres —

Tes regards dans le Ciel d'un cœur enchâssé

tombent alors désolément,

ô Dieu I sur mon esprit funèbre,

comme la lumière des étoiles sur un poêle —

Ton cœur — ton cœur ! — Je m'éveille et soupire, et je dors pour rêver jusqu'au jour, de la vérité que l'or ne peut acheter — et des folies dont il est capable.

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