ACTE II, SCÊNIC IV. itS
SPIIfETTE.
Et qui diantre vous force à vous remarier?
L'état de veuve est-il un si rude métier?
C'est le meilleur de tous I n'être fille ni femme, C'est-àrdire n'avoir nul Mentor qui vous blâme, Et sourire aux galants sans que mère ou mari Vous vienne demander raison d'avoir souri I Moi, ce qui m'adoucit envers le mariage, C'est que je ne vois pas d'autre route au veuvage.
MARFISE
Voilà , certe, une belle et rare liberté, Oui contraint une veuve à plus d'austérité I Car chacun l'épiant avec un œil sévère.
Soupçonne qu'elle fait tout ce qu'elle peut faire. Et lui donne aussitôt vingt amants, si tous ceux Qu'elle veut recevoir ne sont pas laids et vieux. Voilà de mon état les plus clairs avantages I Aussi j'ai résolu, craignant les vieux visages. Qu'un mari rouvrirait ma porte aux gens bien faits. Lélio me convient et je l'accepte.
SPINETTE
Mais...
MARFISE
Assez.
SPINETTE, basàSjlTift.
Ma foi ! parlez i
SYLVIA
Adraste qui vous aime, Lui devez-vous, ma sœur, cette rigueur extrême?
MARFISE
Mais il ne m'aime pas , te dis-je ; il eu est loin,
Sr I K E T TE , bas à S/lvia.
Vous tenez le bon bout.
SYLVIA
Il ne vous aime point !
D'où savez-vous si bien ce que son cœur recèle?
MARFISE
J'en suis sûre...
SYLVIA
Gomment l vous êtes jeune et belle; Vous laissez un jeune homme, hélas! trop imprudent, De tous vos pleurs secrets être le confident; Votre facile accueil à l'amour le convie, Et quand il a perdu le repos de sa vie, Sur un vague soupçon qu'il ne vous aime point , D'un rival triomphant vous le faites témoin ! Et quel rivai encor, si vous êtes sincère !
C'est aux frais d'un procès, ma sœur, qu'il vous préfère.