SCÈNE I''^ ADRASTE, GABIOLLE
Non ! je n'y comprends rien , et je me donne au diable.
GABIOLLE.
Le cadeau lui sera, Monsieur, fort agréable.
ADRASTE
Marfise , du vivant de son ladre d'époux ,
Me faisait, sans conteste, un accueil assez doux...
GABIOLLE.
Parbleu ! le détenteur de sa foi conjugale
Était vieux, et, déplus, méchant comme la gale.
ADRASTE
Je plaignais ses ennuis : sous couleur d'amitié, Je gagnais du terrain dans son cœur pied à pied;
Je lui faisais des vers où je trouvais infâme L'homme qui chagrinait une si belle femme; Enfin , après deux mois passés à soupirer, Croyant l'instant venu , j'allais me déclarer, Quand le soudain trépas du vieil époux m'arrête.
GABIOLLE,
Ma foi, ce mari-là n'était pas une bête !
Il est mort bien à point pour l'honneur de son front !
Voilà ce que j'appelle esquiver un affront !
Au bout de quelque temps, je retourne à Marfise, Je lui dis mon amour : elle feint la surprise !
GABIOLLE.
Elle se fâche? i
ADRASTE
Non : elle ne répond rien , Ou répond en riant et change d'entretien. J'insiste, je m'emporte... Elle, toujours tranquille, Prétexte une visite à faire dans la ville ; Je la quitte, et depuis (voici bientôt un mois), Je n'ai pu la voir seule une seconde fois !. Comprends-tu quelque chose à ce nouveau système ?
GABIOLLE.
Êtes-vous sûr, Monsieur, que la dame vous aime?