ACTE II, SCÈNE III. H
MARFISE
Mauvaise ? mais pourquoi ?
Je sens qu'une demande aussi gauchement faite. M'a dû faire à vos yeux passer pour une bête.
MARFISE
Croyez...
LÉLIO
Je sais qu'il est impossible autrement.
MARFISE
Je vous jure, Monsieur...
LÉLIO
Non , non , point de serment.
Je ne m'en fâche pas, et m'y devais attendre; aiais, pour toute faveur, laissez-moi m'en défendre.
(sur un geste de Marfise, il continue.)
Je fus dans tous les temps gauche à parler d'amouf.
Et des choses du cœur je ne sais pas le tour.
Ce n'est pas que je sois plus bête que tant d'autres
Qui savent se produire et font les bons apôtres;
Mais c'est timidité. De toute autre façon
Je tiens un rang honnête entre l'aigle et l'oison.
MARFISE
Quoi! timide... à votre âge?
1(0 LES MÉPRISES DE L'aMOFR.
LÉLIO
A mon âge, oui, Madame.
Mais entendez timide à côté d'mie femme. Car j"ai partout ailleurs le verbe ferme et droit, Et je soutiens mon dire envers qui que ce soit.
Cette inégalité...
LÉLIO
La cause en est bizarre, Et vous expliquera mon humeur assez rare. J'eus pour père un ancien liber ;on... de bon lieu. Rangé par la vieillesse à la crainu^ de Dieu . Qui , pour me détourner des périls où sans cesse La bonne opinion expose la jeunesse, Dès l'âge de raison mit un soin tout dévot A me persuader que j'étais un magot , Que l'on ne pouvait pas me regarder sans rire. Que j'avais le nez grand et la bouche encor pire ; Et j'étais dans le fait assez défectueux, Mais, grâce à ses discours , je me crus monstrueux,
MARFISE
Voilà certe un parent fait d'une étrange sorte.
LÉLIO
Comme ma mère, hélas ! dès longtemps était morte-