ACTE m, SCÈNE IV
Ceci posé , Messieurs — je boirais bien un coup , Car j'ai la gorge sèche et vais parler beaucoup.
(spinette lui apporte à boire, il s*essuie la bouche et reprend.)
Ne nous attardons pas à plus de faribole, Et comprenez mon plan sous cette parabole : Quand on veut jeter bas un arbre au front chenu , 11 faut mettre d'abord ses racines à nu ; . Pendant que ce travail occupe sa lignée, Le père bûcheron emmanche sa cognée.
L'hymen qui vous chagrine est le malheureux tronc ; Vous êtes les enfants , je suis le bûcheron , Et tandis que j'emmanche une ruse exemplaire Pour mettre à tout jamais nos ennemis en guerre , Vous préparez le coup par les bien inform.er Des cent motifs qu'ils ont de ne se point aimer.
ADRASTE
Où prends-tu ces motifs ?
GABIOLLE.
Où ? — dans leur mariage !
Je voi.-î tous les époux faire mauvais ménage , D'où j'induis que le sort ne trouve bon d'unir Que gens pleins de motiis cachés de se haïr, Et que l'on pourrait dire en dicton populaire : Gens qui vont s'épouser, gens qui vont se déplaire.
SPINETTE, gravemeut.
C'est juste.
GABIOLLE.
Maintenant, à vous de remarquer Par où vos ennemis peuvent s'entre-choquer.
ADRASTE
Je ne vois pas par où peut déplaire Marfise.
Quel mal de Lélio voulez-vous que je dise?
GABIOLLE.
S'ils n'ont que des vertus , il faut les travestir, Leur donner des couleurs...
SYLVIA
Je ne sais pas mentir.
GABIOLLE.
Bon ! c'est où j'en étais à mon premier mensonge.
SPINETTE
D'ailleurs si votre esprit à ce scrupule songe,
Que vous demande-t-on ? De les calomnier ?
Non ! Ils viendi'aient trop vite à se justifier !
Mais d'amasser entre eux de ces petits nuages
Qui font le mauvais temps, sans bruit et sans ora^-es,
Et mouillent jusqu'aux os les promeneurs du lieu
Sans presque seulement les avertir qu'il pleut.