‹ Poésies complètesChapitre 32 sur 82 · LES OUVRIERS DE LYON · texte numérisé non relu

LES OUVRIERS DE LYON

Atï ECONOMISTES

Voilà, grâces à vous, tout un peuple eu vacances. Telles sont de vos lois les tristes conséquences ; Messieurs, vos beaux discours, en nous édiQant, D'un peuple travailleur ont fait un mendiant; Bravo! l'idée est grande et l'effort est sublime : Vous avez poursuivi le luxe comme un crime. L'éclat comme un abus; vous avez tant vanté Ce rêve d'envieux qu'on nomme égalité.

Que vous avez chassé l'argent de nos boutiques. Que le peuple, enrichi de ses droits politiques. Abondamment nom'd de vos discours sans fin. Pauvre, nu, sans travail, mais libre, meurt de faim!

Éplucheurs de budget, badigeonneurs de trône. Vous ne savez donc pas que le luxe est l'aumône ? Non cette charité que l'on jette aux oisifs. Mais l'aumône du sage, offerte aux plus actifs. Le paradoxe est grand et demande une excuse. Mais le pauvre est joyeux quand le riche s'amuse. Un bal est un bienfait; un somptueux lepas Fait vivre bien des gens que l'on n'invite pas ; Et l'iiijsolent manteau qui pare une duchesse Pour la main qui l'a fait est toute une richesse ;

iGO POÉSIES

Le plaisir, en passant, peut sécher bien des pleurs : Telle nourrit son père en vendant quelques (leurs; Telle autre d'un ruban attend sa dcstine'e, Le repos de sa nuit, le pain de sa journée; Le désir inconstant de quelques vains bijoux D'un bras désespéré peut désarmer les coups. Et qui sait? un caprice, une coquette envie. Peut prévenir un crime et sauver une vie!

L'opulence est fertile en nos temps douloureux. Et plus que la raison l'orgueil est généreux. Vous ne savez donc pas qu'on payait une somme A l'État, au pays, pour être gentilhomme. Et que ce bon impôt mis sur la vanité Par le peuple moqueur n'était point supporté? Ah ! c'était bien agir et connaître le monde Oue de rendre en bienfaits la sottise féconde. des abus tant proscrits, certes, étaient plus doux Que les sordides lois qu'on fait peser sur nous. Mieux valait pour son or anoblir un Tuffière nue mettre un droit fiscal sur l'air et la lumière. Je m'indigne en pensant qu'il est des malheureux (^ui se privent du jour comme d'un luxe affreux, ' A qui l'on fait payer l'air pur d'une fenêtre. Le rayon du soleil qui réjouit leur être. Maudit soit le premier qui, dépouillant nos yeux, <3sa mettre un impôt sur la clarté des cieux ! L'astre du jour taxé ! la lumière vendue ! Cet homme avait perdu le bon sens, ou la vue !

Que les besoins du peuple, hélas ! sont mal compris Au siècle des grands mots et des petits esprits ! Un si noble pays, perdu par de tels hommes! Eh ! messieurs les rhéteurs, libéraux économes. Une brillante phase, un pompeux sentiment.

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Font moins, pour rouvrier, qu'en riche vètemen!.

Parlez moins de commerce à la misère en proie.

Et changez plus souvent vos cravates de soie.

Vos gants raccommodés, vos collets de velours;

L'argent sonne plus haut que tous les beaux discours ;

Dites à vos moitiés, ménagères modèles.

D'être à leurs vieux chapeaux moins humblement fidèles.

Car il n'est pas un seul de leurs constants atours

Qui n'ait vu deux printemps, quelquefois deux amours.

Messieurs, permettez-leur d'innocentes folies;

Qu'on les voie un seul jour, par charité, jolies ;

Embellissez leur vie, et parez leur maison ;

Le luxe bien compris est encor la raison.

Dépensez par p-rudcnce et par économie.

Redoutez le réveil de l'émeute endormie ;

On ne marchande plus quand l'émeute est debout :

Donnez, donnez un peu, pour ne pas perdre tout ;

Sauvez, sauvez à temps tout ce peuple viclime.

Sauvez-le de la faim, car la faim mène au crime!

Donnez, par égoïsme, à son active main

Du pain pour aujourd'hui, du travail pour demain.

29 mars 1837.

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