IMPROVISATION
PriM-le bien ; faites que M. de l. Ji»c des vers ce soir.
Je chanterai pour lui, puisque ma voix l'inspire ; Mais prétendre imiter ses sublimes accords, Sa tristesse rêveuse et ses nobles transports. N'est pas l'ambition où mon orgueil aspire. Que dirais-je après lui? — Je retrouve en ses vers Les maux que je prévois et ceux que j'ai soufferts. Sa muse a révélé tous les secrets de l'âme, Les tourments du mortel que le génie enflamme. Les saints pressentiments des destins à venir, Et d'un bonheur passé le pesant souvenir. Il a chanté l'espoir d'un cœur pieux et tendre, Ses troubles, ses langueurs, ses purs ravissements. Hors le charme divin qu'on éprouve à l'entendre, 11 a dépeint tous les enchantements.
Mais si de son vol solitaire
Nul ne peut imiter l'élan audacieux.
De mes regards le suivant dans les cieux, Je puis du moins l'appeler sur la terre. Ah! que ma voix attire ses accents.
Qu'il cède à ma prière!... et je change de gloire!..
i08 POÉSIES
j'abandonne à l'oubli mes accords impuissants.
Et, désormais, libre d'un vain encens.
Ses vers seront mes droits au temple de Mémoire. Semblable au doux regard qui précède l'aveu, A la douce lueur qui devance le feu.
Au chant de Talcyon qui promet le rivage. Du bonheur qu'on attend je serai le présage. Heureuse et fière encor si je puis ressembler
A la sibylle, dont la lyre Exhale un son plaintif sans savoir moduler,
Mais dont le solennel détire Annonce à tous que le dieu va parler !...
Paiis, ju'n 1829.