A MADAME LA DUCHESSE DE NARBONNE
Sorrente, doux, rivage, Espoir des matelots.
Les parfums de ta plage Nous guident sur les flots.
Consultez les étoiles, Vous qu'attend le danger j Moi, je guide mes voiles Où fleurit Toranger.
Ici mon toit de chaume A pour moi plu? d'attraits Que le superbe dôme Du plus riche palais.
Pour la fleur du courage Va combattre, guerriei' ; Ma cabane s'ombrage D'un paisible laurier.
Que Nisida m'enchante I Qu'elle est blanche, sa mahi 1 Que sa voix est touchante Quand elle dit : « Demain! »
PO KSI ES 283
Chacun cherclie à lui plaire ; Moi seul suis écouté :
Tous craignent sa colère; Je ris de sa fierté.
Les filles de Sorrente Imitent ses atours^, Son corsage amarante Aux lacets de velours.
Les bandeaiLX d'une reine Sont bien moins enviés Que les nattes d'ébène Qui tombent à ses pieds.
L'éclat d'une couronne Tenterait moins mes vœux Qu'un bouton d'anémone Caché dans ses cheveux.
Tous ces mets qu'on arrange Pour la table des rois Valent-ils une orange Que partagent ses doigts?
Rien ne me fait envie; Tout réjouit mon cœur.
Et j'ai fait de la vie Un long jour de bonheur.
Jamais je ne prolonge Les heures du sommeil; 11 n'est point d'heureux songe Qui vaille mon réveil.
Je prie^ et Dieu m'envoie Ce que j'ai désipé.
Et c'est encor de joie Qu'un seul jour j'ai pleuré.
Ah! si Dieu, que j'adore.
Au Ciel m'a destiné.
J'y veux choisir encore Tout ce qu'il m'a donné.
LE PÊCHEUR DISLANDE
Islande, noir rivage.
Dans l'Océan perdu.
Par l'effroi de ta plage Ton peuple est défendu :
Nul vainqueur sur les cimes N'osa dresser son camp; Tes ports sont des abîmes.
Ton phare est un volcan !
Mon cœur, dans ces campagnes, Ne craint pas d'ennemis; Les hôtes des montagnes A mes lois sont soumis.
Mon dard atteint sous l'ondo Le tyran de nos mers ; Un caillou de ma fronde Abat le roi des airs.
J'aime les précipices Où j'affronte la mort.
Quand l'heure des délices M'attend sur l'autre bord :
Et je plains l'homme esclave Qui ne peut chaque jour, Par les dangers qu'il brave.
Prouver tout son amour.
i!86 POÉSIES
Elviiia sut me plaire ; J'avais mille rivaux, Et j'armai ma colère Pour des combats nouveaux :
Mais, cachant en lui-même Un regret insolent.
Chacun sait que je l'aime...
Et l'admire en tremblant.
Quand mon bras la protège, Que j'aime les frimas !
Que j'aime sur la neige L'empreinte de ses pas !
Les tapis de fougère M'offriraient moins d'attraits ; Là, sa marche légère Sans traces passerait.
De vos fécondes gerbes Je ne suis point jaloux; De vos pampres superbes, Français, enivrez-vous j Vos chants, votre folie.
Votre amère gaîté.
De ma mélancolie N'ont pas la volupté!
Qu'un vin brûlant vous livre A l'oubli du passé, Mieux que vous je m'enivre Du lait qu'elle a versé; Et ma coupe rustique Se change en vase d'or.
Quand sa lèvre pudique En a touché le bord.
De vos bois solitaires Les ombrages trompeurs Valent-ils les mystères De nos blanches vapeurs?
Là, ma joie inconnue Se cache à tous les yeux ; Habitant de la nue.
Je me crois dans les Cieu.x