DESESPOIR
Déjà mon cœur me quitte, et la mort me réclame , Et je ne la crains pas : pourquoi me secourir ? Vers le Ciel qui l'attend laisse voler mon àme. Oh ! ma sœur, laisse-moi mom'ir !
Dès longtemps, tu le sais, ma vie est douloureuse; Souvent sur mes chagrins je te vis t'attendrir; Va, ne me retiens pas pour toi, sois généreuse. Oh ! ma sœur, laisse-moi momir !
11 est temps d'arrêter mes inutiles heures. L'horizon dépouillé n'a plus rien à m'offrir; Je n'ai plus rien de moij vivante, tu me pleures. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux point survivre à mes belles années, Fiaîches fleurs du printemps que l'été va flétrir, l'arures du matin avant le soir fanées.
Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux point survivre à la saison de plaire. Et voir mes blonds cheveux de neige se couvrir. Sans enfants à bénir, la vieillesse est amère. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux pas survivre à mes chants de poêle. Gloire que ton orgueil me faisait tant chérir. Mes yeux sont dessillés, et ma lyre est muette. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux pas survivre à mes nobles pensées, Trésors de loyauté qu'il est beau d'acquérir. Le poison peut entrer dans les âmes blessées... Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Il est plus glorieux de tomber généreuse, D'embrasser en partant ceux qui nous font soutTrii-, De finir sans remords, comme une femme heureuse. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Ta pieuse douleur ne sera pas sans charmes ; De mes ailes, la nuil, je viendrai te couvrir; Je veillerai sur toi, j'adoucirai tes larmes ! Oh ; ma sœur, laisse-moi mourir !
Demain, à votre amour quand je serai ravie, Tu trouveras ces vers, mon dernier souvenir. Et ma mère, en lisant les chagrins de ma vie. Me pardonnera de mourir !
Septembre 1831. ; ;