JEUDI-SAINT
Du jour où je reçus, ô Seig-neur, par ta grâce, Tout le torrent vermeil du sang de mes aïeux^ I Dont tu creusas la source aux Edens radieux, Du jour où j'héritai de l'âme de ma race,
Vers mon cœur, g^ouffre vide, empli des cieux jadis. Je sentis affluer comme une marée haute ; Le sombre flux des maux, expiateurs des fautes,
I Des maux accumulés par vingt siècles maudits,
Alors, pour assourdir mes cris d'effroi, des flûtes Frémirent et des lys fleurirent noblement. Je marchai, le front haut, vers l'éblouissement Des fraternels sommets rayonnant sur mes luttes;
J'éparpillai mon âme aux quatre vents, pareil Au semeur frissonnant d'espoir en les semailles, Qui sent qu'autour de lui les blés futurs tressaillent, ; Dispensateurs bénis du sang* d'or du soleil. ■
Mais l'aile du vent larg-e a balayé mon aire, \
Les blés consolateurs ont fui mes pâles mains, ; Et les bluets d'amour n'écloront point demain :
Mes pleurs les ont brûlés en ruisselant par terre, ;
Les héroïques fleurs en mon avril germées ; Se flétriront d'exil sans que nul ne les cueille; Comme un saule sur l'eau pleurant toutes ses feuilles. Sur le fleuve du temps je les ai parsemées.
Et mon flanc, opprimé du crime héréditaire, Saig-ne immortellement, car mon père a péché ; Ceux pour qui j'ai souffert de moi sont détachés. Mon pauvre cœur aimant meurt d'être solitaire.
Pour m'attirer, l'Abîme émeut ses grandes voix. Mes cheveux effarés sanglotent dans la brise; J'ai perdu toute foi dans la route entreprise, Et je me suis assis, blême, en la nuit des bois.
VERS DORÉS
Mais les froides forêts aux rumeurs solennelles Versent Tombre des morts à mon cœur frémissant.
JÉSUS (du fond du tabernacle)
(( Tu mang'eras ma chair et tu boiras mon sang, 0 mon fils, pour renaître à la vie éternelle. ))
Mai 1802