VIERGE AU CŒUR GRAVE
à Stuart Merrill.
Si, pareille au liseron vert qui s'abandonne, Posant son front sur l'épaule errante des vents, L'une d'elles, portant aux mains l'éclat mouvant Des couronnes de lys que l'aube calme ordonne !
S'avançait sous les feux de mon Thyrse ingénu Dont l'éblouissement ajoute une aube aux cimes, Lampe du gouffre ! et, pudique comme un ciel nu, Ployait au jeune poids de ses veines] sublimes !
Jetant à ceux dont la honte doit s'abriter
Ses vains atours ! comme un vainqueur pose ses armes, —
Si l'une d'elles, revêtant sa nudité,
Dans des coupes d'argent m'oflfrait un vin de larmes,
J'irais, en répandant le flot immaculé ; J'en saurais bien laver l'iniquité des voies, Faire l'avide essaim des ombres reculer, Et des sources d'azur, surgir les jeunes joies !
Elle aurait attendu mes pas pour s'éveiller Et me reconnaîtrait aux colombes offertes : Je l'aimerais de tout Famour des feuilles vertes Que, vaguement, au clair de source, on voit briller !
Je baiserais ses pieds blancs qui feraient éclore
Des fleurs sur l'herbe chaste et qu'ils auraient pressée,
On nous verrait passer tout au fond de l'aurore :
Je porterais la Lyre d'or des fiancés !
Sous l'amicale ardeur de ses nobles années, Ûn cœur naîtrait en moi comme un soleil levant : De clairs lauriers jaillis mes tempes couronnées J'éclairerais la face obscure des vivants !
DAPHNÉ
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Car, pour solenniser nos amours en chants dig-nes, Soudain mon verbe a lui comme la Vérité : Son front d'épouse porterait le noble signe, Elle serait sublime avec simplicité I
Nourri par l'ombre des palmiers et sauf d'outrages, Sous l'ombre des palmiers mon front s'est azuré ! Les déserts ont mûri la fleur de mon courage, Sur la face des lacs antiques j'ai pleuré !
Or, j'ai cueilli l'œillet des monts, l'œillet céleste! Pour celle dont l'Azur me doit favoriser : J'attends, debout dans l'indulgence de mon geste ! — Leurs fautes s'évanouiront dans son baiser !
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à André Ibels.
Si la pudeur des cieux qui se baignent aux vasques, Si les bouquets d'ormeaux nag'eant dans les clartés, Si le Couchant d'été, sous l'or rouge d'un casque Succombant sur les horizons épouvantés,
Ont rempli jusqu'aux bords, de molles rêveries. Ton cœur, comme on enivre une coupe en versant Dans ses flancs d'or le sang des grappes qu'ont nourries, 0 Lac! des cieux, déjà, de ta mémoire absents!
Si, des cavernes d'or de l'aube, une colombe S'envola : si tu vis fondre en eaux le rocher : Si, craignant de troubler, quand le ciel d'astres tombe, Le sommeil des sillons, tu cessas de marcher,
DAPHNE
Si tu livras ton âme aux Ombrages fidèles, Aux rampes des vallons, si tu vins f accouder, Si la source a tremblé de te sentir près d'elle, Si le pré, de tes pleurs, fut parfois inondé,
Si tu suivis le Ciel en ses métamorphoses, Chrysalide d'azur de qui Dieu doit jaillir : Si ton front d'ange obtint le suffrage des roses, Si tu sentis le monde^ en tes flancs, tressaillir,
Par le lit des torrents, la bruvère déserte, Qui que tu sois. Beauté que j'implore, descends : Au souffle de ton sein frémit la forêt verte : Je ferai vers ton front fumer tous mes encens !
Mon âme errante aspire à s'asseoir sous ton ombre, L'aube immortelle m'a baigné de ta vertu, Tes yeux futurs m'ont mis au cœur leur flamme sombre : — Vers tes charmes, le cœur des sources a battu!
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