‹ Poésies complètesChapitre 25 sur 79 · LE CŒUR · texte numérisé non relu

LE CŒUR

à Adolphe Retté.

Comme je m'en allais, ég'aré par la lune

Vers les osiers ! au bleu bassin vaporisé,

A l'heure où pour pleurer quelque antique infortune

Sur les osiers le vent des nuits vient se poser !

Versant une ombre claire, au loin, les Bois énormes Semblaient se couronner de leur rayonnement. Et la lune glissant sur la cime des formes Imprimait aux clartés un divin mouvement!

C'était une heure éljséenne et si fugace

Que mon cœur se mourait, la sentant défaillir,

DAPHNÉ

Et des lampes de cathédrale, dans Tespace, Invitaient les forêts à s'aller recueillir.

Sur les gazons, un blanc torrent de marg^uerites En copiant le cours d'un flot d'astres coulait : Fuyant vers l'horizon, la déesse proscrite Jadis laissa tomber ces deux fleuves de lait !

Aux plis des monts, tonnait une cascade obscure ! On entendait gronder la mer à l'occident : Et^ laissant sur les monts traîner sa chevelure D'astres qui flamboyaient, la Nuit s'assit, dardant

L'enchantement de ses magnifiques prunelles Dont la nappe de neige efl^açait vaguement Sur l'horizon des monts leurs neiges éternelles I — — Et sa main, de son cœur, contint les battements !

Mais le cœur de la Nuit palpitait ! Sur les roches. Aux feux des roches, de clairs pâtres, embouchant Un bucolique airain, vers les étoiles proches. Couvraient le bruit des vagues sombres, de leur chant !

Les monts, portant de flottants genêts en ceinture, Les cascades, du flanc des gouffres s'élançant ! Et les hameaux fleuris balançaient leurs toitures, La mer, sa vague verte, au choc du Cœur puissant !

Chantait un Cygne agonisant au bleu des sources! Les vagues s'appesantissaient de visions, Sous des lys fulvescents ployait le Char de l'Ourse : Les cimes bondissaient sous les pulsations !

D'anges, sur les sommets, éclataient les épaules Berçant des lys I Levant sur sa tête un flambeau, Me tendant son sourire et debout sous le Saule, Celle qui doit venir m'éclairait des tombeaux !

Puis la Nuit s'endormit ! Des cieux blanchis aux dunes La voix des mers et des trompettes sommeilla... — Comme un immense diamant, le clair de lune Sur le silencieux horizon scintilla !

DAPHNÉ

Il3

Page 1