LES CRYPTES
à Jean Moréas.
Au pays dont mon cœur ne sait plus les chemins, Le Destin s'endormit. Par-dessus son épaule Je lus au grave livre, ignoré des humains. — — Je m'étais couronné du feuillage d'un saule.
Puis, le soir^ délaissant dans le creux d'un rocher Ma vierge se mirer aux sources solitaires, Des bords du lac grondant je me suis approché. J'ai dit : « Je ne veux point abandonner la terre,
Je ne veux point mourir, tout entier, aux moissons, Les troupeaux parfumés et les pampres des vignes
Ont daigné se soumettre à mes simples leçons, L'horizon m'a pressé dans le bleu de ses lig^nes.
Et des oiseaux mystérieux m'ont apporté La poudre des saphirs célestes sur leurs ailes ; Du souffle des méchants les bois m'ont abrité ; Que la Montagne est âpre et que la vie est belle I
Ces coteaux m'attendaient de toute éternité,
Aux rayons de mes yeux, mûris, grappe vermeille !
Beau lac, si j'ai pris part à ta félicité.
J'ai bu l'âme à ton flot comme au lys boit l'abeille !
Des mots divins, tes flots en ont balbutié,
Mais voici les échos que mes pas ont fait naître :
Le roc a bu mes pleurs qui l'ont remercié,
Mes pleurs ont fait jaillir de claires fleurs vers Têtre! »
Les étoiles, au ciel tranquille, ont palpité,.
La lèvre ouverte aux cieux, j'ai dormi sur la route
DAPHNÉ
— A l'aube blanchissante une voix a chanté :
— « Mélancolique enfant d'une déesse, écoute !
Combats pour l'eau, l'étoile et le lys des vallons, Afin de remporter la victoire des choses, Et jette aussi ton âme aux flancs nus des sillons! ... Ne dédaig'ne jamais la prière des roses ;
Ta race s'étendra comme un grand soir vermeil, Ta bourgade aux puits d'or luira dans les luzernes : Mais surtout abstiens-toi des faciles sommeils : Une Vierofe t'attend dans les Ivs des cavernes ! »
LES iNUAGES
à André Gide.
Sur les flancs d'un nuage énorme et blanc, bercé Où je m'élancerais du sommet bleu des roches, Tout enfant, j'ai rêvé de franchir Tair glacé, En ébranlant les cimes d'arbres et les cloches.
Sous un nuag-e au sang* de Torag'e inondé, Au pied du Crucifix ^et des lampes pieuses, Tremblant en entendant la foudre, au loin, gronder, Près de ma mère, j'elFeuillais des scabieuses !
Assis sous le Laurier, au terme du chemin Dont mon pied intrépide a soulevé la poudre. Joignant le laurier-rose et le saule au jasmin, Je pose enfin ma Lyre sainte — au son des foudres !
Li SOUFFRiNCE DES EAUX
C'est toi, déesse, qui animes Nos vers et les fais magnanimes Pour les élever jusqu'aux cieux Et qui fais nos chants poétiques Egaler les vers des antiques Par un oser ingénieux.
R0NSA.RD.
\a femme tendrement aimée