LE VAISSEAU
Le vaisseau parfumé de couronnes de roses Et dont le flanc de cèdre au soleil resplendit Sur la vague a glissé loin des plages moroses Et sur la terre et sur la mer il est midi.
Sur les forêts d*ormeaux brillants et sur les sables Il est midi ! le vaisseau craque et tremble aux vents Et l'homme tend ses bras aux cieux impérissables Et la terre est vivante et les cieux sont vivants!
On tend la voile d'or, son ombre est rayonnante ; Au loin les chênes noirs et les verts citronniers
LA SOUFFRANCE DES EAUX
Décroissent sur la rive et la vague tonnante Découpe, à son fracas, le chant des nautonniers :
c( Adieu lacs blanchissants, chênes, torrents, vallées, (( Antres pleins de ruisseaux et fermés de rochers ! « Nous montons sur les mers par les brouillards voilées (( Car la terre est sans fruits, car les dieux sont cachés.
(( Tu partis d'Orient, lumière; le g'rand âge
« Tant tu bus d'océans, tant tu gravis de monts,
(( 0 lumière ! a flétri ton éclatant visage ;
« Nous ne te voyons plus, lumière, et nous t'aimons.
(( En ancres nous avons courbé le fer des contres,
« Le vieux vent des sillons dans la voile a soufflé,
(( Nous avons emporté les sour(îes dans des outres,
(( Du blé de neuf moissons le vaisseau s'est enflé.
(( Là-bas l'autre soleil se forme aux cieux fertiles, (( Entre nos bras nerveux nous le ramènerons, (c Sur les îles des mers nous sèmerons des villes (c Au tonnerre des luths et des fougueux clairons ! >}
La proue est un massif de roses; sur la poupe
Ces hommes qui portaient dans leurs cœurs le destin
Mangèrent, le soleil se coucha dans leur coupe, Le soynmeil les raidit sculptés sur le festin.
Seul le pilote veille et Diane éclatante Dont le beau char d'arg'ent fend les nocturnes airs Guide, étendant sur eux sa torche palpitante, L'équipag-e endormi qui flotte sur les mers.
LA SOUFFRANCE DÈS EAUX